Dix ans après l’adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations unies, les principales organisations humanitaires internationales dressent un constat sévère : les attaques contre les structures et les personnels de santé continuent d’augmenter dans les zones de conflit. Dans une déclaration commune publiée début mai, l’Organisation mondiale de la santé, le Comité international de la Croix-Rouge et Médecins sans frontières dénoncent « l’échec » de la communauté internationale à protéger les services de santé en temps de guerre.
Adoptée à l’unanimité en 2016, la résolution 2286 condamnait explicitement les attaques visant les hôpitaux, les ambulances, les personnels soignants et les patients dans les conflits armés. Elle rappelait également l’obligation des États et des groupes armés de respecter la neutralité médicale et le droit international humanitaire.
Pourtant, selon les responsables des trois organisations, « la situation est encore pire qu’il y a dix ans ». Ils estiment que le problème ne réside pas dans l’absence de cadre juridique mais dans un manque de volonté politique et de mécanismes de protection réellement appliqués. Cette déclaration intervient alors que plusieurs conflits récents ont été marqués par des frappes répétées sur des infrastructures sanitaires, notamment en Ukraine, à Gaza ou au Soudan.
Des conséquences sanitaires bien au-delà des victimes immédiates
Les conséquences de ces attaques dépassent largement les pertes humaines directes. La destruction d’un hôpital ou l’évacuation d’une équipe médicale entraîne une désorganisation durable des systèmes de soins locaux. Dans les zones touchées, les personnels des associations humanitaires rapportent des retards diagnostiques, des ruptures d’accès aux soins urgents, l’interruption des campagnes vaccinales, des pénuries médicamenteuses ainsi qu’une aggravation des pathologies chroniques.
Cette désorganisation affecte également les indicateurs de santé publique à moyen terme. Plusieurs organisations observent une augmentation de la mortalité maternelle et infantile dans les régions où les structures hospitalières sont détruites ou partiellement fonctionnelles. En outre, les soignants eux-mêmes sont fréquemment lourdement affectés par ces conditions d’exercice extrêmes et par le sentiment que leur position ne les protège nullement, au moins en partie.
Une remise en cause croissante de la neutralité médicale
Faisant écho à ce désarroi des professionnels, les organisations humanitaires dénoncent l’érosion progressive du principe de neutralité médicale. Ce principe fondamental impose que les professionnels de santé puissent exercer leur mission indépendamment de l’origine, de l’appartenance politique ou du statut militaire des patients.
Ainsi, au cours de différents conflits récents des équipes médicales ont rapporté des intimidations, des restrictions d’accès à l’aide humanitaire, des arrestations ou encore des accusations de collaboration avec l’ennemi lorsqu’elles prennent en charge certains patients. Cette remise en cause fragilise durablement la confiance dans les structures sanitaires et limite l’accès aux soins des populations les plus vulnérables.
Face à cette situation, l’OMS, le CICR et MSF appellent à renforcer les mécanismes d’investigation internationaux. Les trois organisations demandent la mise en place « d’enquêtes rapides, transparentes et impartiales » après chaque attaque visant des structures de santé.
L’objectif est de documenter précisément les violations du droit humanitaire afin de limiter l’impunité des responsables. Toutefois, les obstacles restent nombreux : accès limité aux zones de conflit, destruction rapide des preuves, difficultés diplomatiques et faible capacité coercitive des juridictions internationales.
Dans leur déclaration commune, les responsables des trois organisations estiment que les attaques contre les services de santé représentent désormais « non seulement une crise humanitaire, mais aussi une crise de l’humanité ». Cette formule traduit une inquiétude croissante concernant la banalisation des violences contre les soignants et les hôpitaux.
Pour les professionnels de santé, cette évolution pose une question centrale : celle de la capacité du droit international à préserver un espace minimal de protection sanitaire au sein des guerres modernes.
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