Une vaste étude taïwanaise portant sur 450 000 grossesses révèle que les benzodiazépines augmentent le risque de fausses couches et de prématurité, surtout au 2e trimestre. Des risques toutefois modérés.
L’utilisation des benzodiazépines (BZD) pendant la grossesse est en augmentation, parallèlement à l’augmentation de la prévalence de l’anxiété et de l’insomnie chez les femmes enceintes. Leur usage approcherait actuellement les 2 %, malgré certaines études suggérant un risque de complications de la grossesse. Toutefois, les résultats de ces études restent difficiles à interpréter, du fait de biais méthodologiques importants.
Une nouvelle étude a été menée par une équipe taïwanaise, dans l’objectif d’évaluer l’association entre l’exposition aux BZD pendant la grossesse et le risque de prématurité et de retard de croissance intra-utérin (RCIU), en tenant compte des fausses couches et des morts fœtales (1). Les analyses ont inclus plus de 450 000 grossesses, comparant exposition versus non-exposition aux BZD.
Les auteurs ont cherché à réévaluer l’association entre l’exposition aux benzodiazépines au cours de la grossesse et les complications obstétricales, tout en intégrant les pertes de grossesse comme événements concurrents. A partir des bases de données nationales taïwanaises entre 2011 et 2021, ils ont appliqué la méthodologie d’émulation d’essais cliniques cibles successifs, organisés semaine par semaine de la semaine 0 à la semaine 36 de gestation.
Un risque modéré, à relativiser
Les résultats montrent une association nette et robuste entre l’exposition aux benzodiazépines et le risque de fausses couches (RR 1,58 [IC à 95 % 1,50 à 1,66]), qu’il s’agisse des fausses couches spontanées (RR 1,65 [1,55 à 1,76]) ou des interruptions volontaires de grossesse (RR 1,83 [1,70 à 1,98]). En revanche, aucun signal significatif n’a été observé concernant la mort fœtale in utero (RR 0,96 [0,78 à 1,17]).
Après ajustement pour les évènements concurrents, la prise de BZD est associée à une augmentation du risque de prématurité (RR 1,20 [1,18 à 1,23]), et de retard de croissance intra-utérin (RR 1,06 [1,00 à 1,09]), avec des associations plus marquées en cas d’exposition pendant le deuxième trimestre de la grossesse.
Pour les auteurs, ces résultats doivent inciter à considérer les BZD pendant la grossesse comme des traitements non anodins, en particulier au 2e trimestre, et à évaluer soigneusement la balance entre les risques du traitement et la sévérité du trouble maternel. Ils recommandent de privilégier en première intention des alternatives non pharmacologiques lorsqu’elles sont possibles, ou des stratégies de prescription minimale.
L’éditorialiste du JAMA Internal Medicine souligne que, malgré ces résultats, les risques absolus restent faibles. Par exemple, l’utilisation d’une BZD peut augmenter le risque de fausse couche de 2,2 pour 1000 grossesses, et celui d’accouchement prématuré de 10,6 pour 1000 grossesses. Il note aussi que de nombreuses questions restent en suspens, comme l’augmentation du risque selon le type de BZD, la durée, la dose et la prise en continu.



