Une étude observationnelle laisse à penser que boire son café le matin est associé à une réduction significative de la mortalité et du risque cardiovasculaire. Un effet qui pourrait être lié aux rythmes biologiques et à l’inflammation. Faut-il revoir nos habitudes ?
Le café, boisson emblématique et universellement appréciée, continue de susciter l'intérêt des chercheurs pour ses multiples effets sur la santé. Si certains bienfaits dans la prévention des maladies chroniques sont documentés, une étude récente publiée dans l’European Heart Journal explore une dimension jusqu’alors peu étudiée : l’influence de l’heure de consommation sur le risque de mortalité.
Grâce à une analyse rigoureuse et des données innovantes, cette étude ouvre une nouvelle perspective sur la relation entre le café et la longévité.
Les chercheurs ont suivi plus de 40 000 adultes issus de la cohorte NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey), représentative à l’échelle nationale, tout en validant leurs observations à travers deux autres études complémentaires.
A partir de données alimentaires sur au moins 7 jours, ils ont identifié deux grands profils de consommateurs : les personnes qui boivent leur café principalement le matin, représentant 36 % des participants, et celles qui en consomment tout au long de la journée, soit 14 %.
Au cours d’un suivi médian de 9,8 (IIQ 9,1) ans, l’analyse a révélé que les consommateurs matinaux bénéficiaient d’une réduction significative des risques de mortalité toutes causes confondues (-16 %) et de maladies cardiovasculaires (-31 %), par rapport aux non-consommateurs, après ajustement sur différents facteurs confondant dont la quantité de café ingérée, avec et sans caféine, ainsi que le nombre d’heures de sommeil.
En revanche, boire du café tout au long de la journée ne semblait pas offrir les mêmes avantages. Ces résultats ont surpris, car ils révèlent que l’effet du café sur la santé peut être modulé non seulement par sa quantité, mais aussi par le moment de sa consommation.
Du côté de la chronobiologie
Pour expliquer ces différences, les auteurs mettent en avant la chronobiologie, un domaine étudiant l’interaction entre les rythmes biologiques et les comportements humains. Boire du café l’après-midi ou en soirée perturberait les rythmes circadiens en réduisant la production de mélatonine, une hormone essentielle à la qualité du sommeil et à la protection cardiovasculaire.
En parallèle, les effets anti-inflammatoires du café, bien documentés dans la littérature, pourraient être optimisés lorsqu’il est consommé le matin, moment où les niveaux d’inflammation dans le corps atteignent leur pic naturel. Ainsi, la conjonction de ces phénomènes pourrait expliquer pourquoi le café matinal s’avère plus bénéfique.
Cependant, cette étude ne se contente pas d’affirmer les bienfaits potentiels d’une consommation matinale. Elle met également en lumière des questions et des limites importantes. La nature observationnelle des données empêche d’établir une causalité stricte.
De plus, certains facteurs confondants, comme les habitudes alimentaires, le mode de vie ou même des prédispositions génétiques, pourraient jouer un rôle significatif dans les résultats observés. La diversité culturelle, notamment en ce qui concerne les horaires de repas et les traditions de consommation de café, soulève également des incertitudes quant à la généralisation des conclusions à d’autres populations.
Malgré ces limites, cette étude apporte une nouvelle dimension aux recommandations de santé publique, en soulignant l’importance de considérer non seulement ce que nous consommons, mais aussi quand nous le faisons. Elle ouvre la voie à des études futures, qui pourraient explorer les interactions entre la génétique, le mode de vie et les effets chronobiologiques du café.
En attendant, elle rappelle à quel point les détails de nos habitudes quotidiennes peuvent entraîner des répercussions sur notre santé globale.

