Le café protège-t-il vraiment de certaines maladies liées à l'âge ? Une étude identifie un récepteur nucléaire, NR4A1, comme possible maillon manquant entre la boisson et ses effets biologiques.
Certaines données associent le café, boisson la plus consommée au monde, à une réduction de la mortalité globale et à une protection contre des pathologies liées à l’âge, notamment les maladies métaboliques, cardio-vasculaires, neurodégénératives et certains cancers. Pourtant, contrairement aux régimes végétariens, eux aussi liés à une réduction de la mortalité, le café n’est qu’un élément mineur de l’alimentation, et la question se pose donc de savoir comment une simple boisson peut exercer de tels effets.
Depuis des années, ces bénéfices sont attribués à ses nombreux constituants, les polyphénols, la caféine ou les diterpènes, dont les propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires sont documentées, sans que leurs mécanismes d'action précis soient jusqu'alors élucidés.
Un ligand nucléaire dans votre tasse
Une étude semble apporter un élément de réponse à ce dernier point. Publiée par la revue Nutrients, elle examine le rôle du récepteur NR4A1 dans la médiation des effets du café et de ses principaux composés polyphénoliques et polyhydroxylés.
Le récepteur nucléaire NR4A1, dit « orphelin », appartient à une famille de récepteurs nucléaires impliqués dans la régulation de l’expression génique en réponse au stress et aux dommages cellulaires et tissulaires. Il exerce un rôle protecteur dans les tissus sains, mais certains travaux suggèrent qu'il pourrait adopter un rôle pro-oncogénique dans les cellules tumorales selon le contexte
Les auteurs émettent l’hypothèse que certains composés du café agiraient comme ligands de NR4A1 et moduleraient son activité selon le contexte cellulaire.
L’étude a été menée en plusieurs étapes. Elle confirme d’abord que des extraits de café et plusieurs de ses composants majeurs présentent une affinité directe pour le récepteur NR4A1, avec des valeurs de Kd inférieures à 10 µM pour la majorité des composés testés, un seuil considéré comme biologiquement pertinent. Il apparaît ensuite que, dans des modèles cellulaires de rhabdomyosarcome, le café et ses polyphénols inhibent la prolifération cellulaire, et que cet effet diminue fortement quand le récepteur NR4A1 est invalidé, ce qui suggère un mécanisme dépendant de ce récepteur. Des effets similaires ont été observés dans des macrophages, où ces composés inhibent une voie clé de l'inflammation, renforçant la dimension anti-inflammatoire du mécanisme.
Les composés du café agissent comme des agonistes inverses de NR4A1, autrement dit, ils réduisent son activité basale plutôt que de la stimuler. Ils inhibent son activité transcriptionnelle et réduisent l’expression des gènes pro-oncogéniques. En pratique, en oncologie, cela revient à freiner un moteur de prolifération tumorale.
L’étude révèle aussi que tous les composants du café ne se valent pas. Si la caféine est le composant individuel principal du café, elle ne semble pas être le principal moteur de ses effets sur la santé. Les polyphénols et les diterpènes semblent jouer un rôle plus déterminant. Cela peut expliquer pourquoi, dans de grandes études de population, le café caféiné et le décaféiné ont été associés aux mêmes bénéfices sur la santé,
Ainsi, le café peut être considéré comme un cocktail de ligands naturels capables de moduler NR4A1. Dans les tissus sains, l’interaction favorise l’activation des voies protectrices, notamment anti-inflammatoire et anti-stress, et dans les cellules tumorales, elle favoriserait l’inhibition de fonctions pro-oncogéniques. Le NR4A1 agirait comme un capteur nutritionnel, transformant des signaux alimentaires en réponses biologiques adaptées.
Si cette étude ne prouve pas directement le bénéfice clinique du café, elle complète les données épidémiologiques avec une explication possible du mécanisme. Elle identifie NR4A1 comme une nouvelle cible pharmacologique potentielle et souligne le caractère multifactoriel des effets du café.
Les auteurs précisent qu’ils explorent actuellement le développement de composés synthétiques ciblant ce récepteur plus efficacement, dans l’objectif d’ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques, notamment en oncologie.
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