Cancer bronchique métastatique : pourquoi les traitements ne sont pas initiés

Malgré l'essor de l'immunothérapie et des thérapies ciblées, près d'un patient âgé sur deux atteint de CBNPC métastatique n'a jamais reçu de traitement systémique d’après une vaste étude américaine.

On estime que la moitié des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) sont métastatiques au moment du diagnostic. Les traitements systémiques du CBNPC (environ 85 % de l'ensemble des cancers du poumon) incluent la chimiothérapie, et plus récemment l'immunothérapie et les traitements ciblés, dont la tolérance et l'efficacité sont meilleures que celles de la chimiothérapie.

Une étude populationnelle américaine

A. H. Fox et coll. ont étudié l'utilisation de ces traitements chez les sujets âgés atteints de CBNPC dans une vaste étude observationnelle états-unienne. Les auteurs ont inclus, à partir des données de Medicare, tous les patients âgés de 65 ans ou plus ayant reçu un diagnostic de CBNPC métastatique entre 2006 et 2021. Les traitements systémiques analysés étaient uniquement les traitements à visée anticancéreuse, à l'exclusion des traitements palliatifs : chimiothérapie, immunothérapie, thérapies ciblées et traitements « non spécifiques » (par exemple une perfusion non précisée d'anticancéreux).

La cohorte a inclus 254 611 patients (47,5 % de femmes), d'âge médian de 73 ans (IIQ 68–80). Les tumeurs les plus fréquentes étaient les adénocarcinomes (50,1 %). Au cours de leur prise en charge, seuls 119 197 patients (46,8 %) ont reçu un traitement systémique, seul ou en association avec d'autres thérapies. Parmi eux, les pourcentages suivants étant calculés sur ce sous-groupe, certains patients ayant reçu plusieurs traitements, 113 540 (95,3 %) ont reçu une chimiothérapie, 26 937 (22,6 %) une immunothérapie, 18 296 (15,3 %) une thérapie ciblée, et 1 497 (1,3 %) un traitement systémique non spécifique. Dans les 90 jours suivant le diagnostic, 100 367 patients (39,8 %) sont décédés, dont 13,2 % avaient reçu un traitement systémique et 86,7 % n'en avaient pas reçu.

En raison du caractère multifactoriel du risque évolutif des cancers métastatiques et de la fréquence des comorbidités (41,1 % des patients présentaient au moins quatre comorbidités), les auteurs ont eu recours à un modèle à risques concurrents pour identifier les facteurs associés à l'initiation d'un traitement systémique. Les résultats sont exprimés en différence absolue de probabilité d'avoir reçu un traitement à 180 jours du diagnostic (fonction d'incidence cumulative à 180 jours, FCI180), calculée par rapport à un groupe de référence.

L'adressage à un oncologue était le facteur le plus fortement associé à l'initiation d'un traitement systémique (hazard ratio [HR] : 2,50 ; IC à 95 % : 2,41–2,67 ; p < 0,001), correspondant à une FCI180 supérieure de 30,3 % par rapport aux patients non orientés vers un spécialiste. Le dosage de biomarqueurs était également associé à une FCI180 supérieure de 17,8 %. À l'inverse, les patients âgés de plus de 80 ans avaient une FCI180 inférieure de 15,4 % par rapport aux patients âgés de 65 à 69 ans, et les patients dont la tumeur n'était pas histologiquement précisée avaient une FCI180 inférieure de 12,8 % par rapport aux porteurs d'un adénocarcinome. D'autres facteurs étaient associés à des différences plus modestes : charge en comorbidités, statut marital, type de couverture Medicare et lieu de résidence rural.

Trop de patients non traités

Dans une analyse de sous-groupe, les auteurs ont isolé les patients qu'ils jugeaient les plus susceptibles de bénéficier d'un traitement systémique : âgés de moins de 80 ans, porteurs de moins de quatre comorbidités et encore en vie au moins 90 jours après le diagnostic. Parmi ces 78 349 sujets (30,8 % de la cohorte), 78,6 % ont effectivement reçu un traitement, ce qui signifie qu'environ un patient sur cinq parmi les plus favorables sur le plan clinique n'a pas été traité.

Enfin, l'analyse des tendances sur seize ans montre que la proportion de patients traités n'a que faiblement progressé, passant de 44,8 % en 2006 à 51,9 % en 2021, malgré l'arrivée de l'immunothérapie et des thérapies ciblées.

Cette étude montre ainsi que malgré la disponibilité de traitements anticancéreux plus efficaces et mieux tolérés, près de la moitié des patients atteints de CBNPC métastatique n'ont jamais reçu de traitement systémique. Environ un cinquième des patients présentant les profils cliniques les plus favorables n'ont pas non plus été traités. Ces résultats constituent, selon les auteurs, un signal d'alerte pour la communauté médicale : ils soulignent la nécessité d'orienter rapidement les patients vers un oncologue, de recourir au dosage des biomarqueurs et de mieux communiquer sur les bénéfices réels des thérapies modernes.

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