Ces crises humanitaires qu’on oublie

Paris, le mercredi 25 octobre 2023 – Alors que le monde entier a les yeux rivés sur le Proche-Orient, les ONG appellent à ne pas oublier les autres crises humanitaires.

« Le monde ne prête pas le même degré d’attention aux vies des Noirs et à celle des Blancs » avait amèrement constaté en avril 2022 le Dr Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), alors que la communauté internationale se concentrait exclusivement sur l’Ukraine, oubliant les autres guerres et crises humanitaires dans le monde. Le même constat fait il y a 18 mois par l’ancien ministre éthiopien de la Santé pourrait sans doute être renouvelé aujourd’hui : alors que le monde a les yeux rivés sur le conflit entre Israël et le Hamas, une guerre qui a toujours exalté les passions, des millions d’autres personnes dans le monde souffrent de conflits meurtriers, de catastrophes climatiques ou de la faim dans l’indifférence générale.

Le nouvel épisode du conflit israélo-palestinien a ainsi totalement fait passer sous silence la série de quatre séismes survenus en Afghanistan entre le 7 et le 15 octobre et qui a causé la mort de plus de 1 000 personnes. Autre phénomène courant, certaines crises humanitaires concentrent l’attention un temps, avant d’être oubliées au fur et à mesure que les médias s’en désintéressent alors que les besoins humanitaires subsistent ou aumentent. C’est le cas par exemple dans le sud du Maroc, où les milliers de sinistrés du séisme du 8 septembre ont toujours besoin d’aide, mais ne font plus la une de l’actualité.

Haïti face à sa pire crise humanitaire depuis 2010

« Toute nouvelle crise déclenche un afflux de dons, puis va immanquablement générer aussi une fatigue dès qu’elle va sortir des radars internationaux et médiatiques » constate Kévin Goldberg, porte-parole de Solidarités International. Il y a enfin ces pays qui ne semblent jamais réussir à attirer l’attention des donateurs, parce qu’ils sont trop peu connus ou parce que les crises y semblent permanentes : le Yémen, le Soudan ou la République Démocratique du Congo font ainsi partie de la triste liste des oubliés.

Qui sait et se soucie que Haïti fait actuellement face à sa pire crise humanitaire depuis le terrible séisme de 2010 qui avait ravagé le pays et tué 280 000 personnes ? « Cette année, ce n’est pas la crise habituelle, c’est pire, quelque chose s’est cassée dans le pays ces derniers temps » alerte Jean-Martin Bauer, responsable du programme alimentaire mondial (PAM) pour Haïti. Il rappelle que 5,2 millions d’Haïtiens (45 % de la population) dépendent de l’aide humanitaire dont 4,5 millions (39 %) se trouvent dans une situation d’insécurité alimentaire aigue.

La crise est aggravée par des conditions climatiques difficiles (le pays est régulièrement touché par des ouragans) et surtout par une situation sécuritaire désastreuse, des zones entières du pays étant contrôlées par des criminels armés qui empêchent l’acheminement de l’aide humanitaire. Selon Jean-Martin Bauer, le pays est au bord de la famine « et la situation se dégrade encore ». « La situation est similaire à ce qu’on peut trouver au Mali, au Niger ou au Burkina Faso mais c’est ici en Amérique, à 90 minutes de vol de Miami » déplore le responsable du PAM. Le plan de réponse humanitaire du PAM pour Haïti n’est pour le moment financé qu’à hauteur de 30 %. « Haïti a besoin de tous ses amis » lance Jean-Martin Bauer.

Plus de 406 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire

Dans le monde, le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire a doublé ces cinq dernières années et augmenté d’un tiers en 2022 pour atteindre plus de 406 millions de personnes. La guerre en Ukraine a entraîné des conséquences désastreuses au niveau mondial, plus de 400 millions de personnes dans le monde dépendant du blé ukrainien, tandis que le réchauffement climatique augmente la fréquence des catastrophes climatiques. « Dans les années 1990, il y avait une sécheresse tous les sept ans, désormais il y en a chaque année » constate amèrement Flaurence Daunis, directrice des opérations d’Handicap International.

Si les ressources financières des ONG françaises s’accroissent ces dernières années (+ 43 % au total entre 2016 et 2020, + 70 % pour Solidarités International depuis 2017, + 60 % pour Médecins sans frontières depuis 2021), « les dépenses augmentent plus vite que nos ressources, depuis deux ou trois ans » souligne Sébastien Granier, directeur financier de MSF. Dans ce contexte extrêmement difficile, les ONG sont donc obligées de faire des choix et de donner elles aussi la priorité à certaines crises humanitaires plutôt qu’à d’autres.

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