Une proposition de résolution invite l’Etat à mettre en place une stratégie nationale de prévention du chemsex, un phénomène en pleine expansion estiment les députés.
Un homme de 41 ans qui décède d’une overdose à Bordeaux, un jeune homme dans le coma à Tourcoing, un réseau de trafic de GBL à Marseille : les faits divers sont remplis de sordides affaires entourant le monde du chemsex.
Cette pratique consistant à avoir des relations sexuelles sous l’emprise de drogues (cocaïne, MDMA, GBL, cathinones de synthèses…), mis en lumière par l’affaire Palmade en 2023, semble être en expansion. Les hommes homosexuels seraient les principaux adeptes de cette pratique à risque.
Même si les chiffres précis sur ce phénomène sont difficiles à obtenir (ne serait-ce qu’en raison de la prohibition des substances utilisées), la députée Renaissance du Nord Brigitte Liso en est convaincue : le chemsex est un véritable « problème de santé publique ».
« C’est un sujet délicat, qui parle à la fois de sexualité, voir d’homosexualité et de drogue, c’est-à-dire de l’intime et de l’illicite et qui est encore trop peu connu » explique-t-elle à l’AFP. Elle a donc rédigé une résolution invitant à l’Etat à mettre en place une « stratégie nationale de prévention sur le chemsex », résolution qui a été cosignée par 124 députés.
Le Palais Bourbon lui-même a été touché par le phénomène : arrêté en flagrant délit alors qu’il achetait des stupéfiants, le député LFI Andy Kerbrat a fini par avouer qu’il utilisait son indemnité de frais de mandat pour financer ses soirées chemsex.
Un phénomène en expansion…mais difficile à quantifier
« En France, on estime que le « chemsex » concernerait à minima 100 000 à 200 000 personnes » cite la résolution parlementaire, reprenant un rapport du ministère de la Santé datant de 2022. Tout en reconnaissant que les données sont « incomplètes », les députés estiment que « la pratique du « chemsex » s’installe au sein de publics de plus en plus jeunes, venus de tous milieux et de tous les territoires ».
Selon un discours bien rodé (et peut être un peu trop convenu), les parlementaires accusent Internet, les réseaux sociaux et les applications de rencontre d’être responsables de cette diffusion du chemsex.
« Alors que cette pratique était principalement localisée chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), elle s’est, en quelques années étendue progressivement aux personnes hétérosexuelles » peut-on lire dans la résolution, une observation faite depuis plusieurs années maintenant par les associations et les professionnels de santé.
Les parlementaires ne manquent pas non plus de lister les « multiples et sévères risques liés au chemsex pour la santé physique et psychologique : psychoses, dépression, addiction, dépendance, incontinence temporaire ou définitive », sans oublier les infections sexuellement transmissibles et les overdoses.
Mieux former les professionnels de santé au chemsex : le JIM y a déjà pensé !
Dans le cadre de la stratégie nationale qu’ils appellent de leurs vœux, les députés demandent en premier lieu à l’Etat « d’établir un état des lieux épidémiologique précis du « chemsex », afin de mieux comprendre les déterminants et les conséquences sanitaires et sociales » afin de pouvoir « y répondre de manière adaptée et ciblée ».
Ils demandent également qu’une formation spécifique au chemsex soit proposé aux professionnels de santé (JIM DPC vous propose d’ailleurs une formation consacrée à ce thème) mais également aux acteurs associatifs et aux personnels judiciaires.
Les parlementaires estiment qu’il est également nécessaire de mieux sensibiliser la population à ce danger. Ils avancent ainsi que « la prévention et la sensibilisation au « chemsex » pourraient être abordées pendant la consultation gynécologique proposée aux 15‑18 ans ainsi qu’à l’occasion des bilans de prévention mis en place aux âges clefs de la vie » et également lors des cours d’éducation sexuelle dispensés au lycée.
Des campagnes de prévention pourraient être organisés via les canaux classiques (Santé publique France, médias traditionnels…) mais également sur les réseaux sociaux et les applications de rencontre.
Examinée ce lundi, la proposition de résolution devrait a priori être adoptée à une large majorité par les députés. Reste maintenant à la traduire dans les faits, ces résolutions votées par l’Assemblée Nationale n’étant pas contraignante pour le gouvernement.
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