Dans un communiqué, les URPS des médecins libéraux demandent au gouvernement d’agir pour réduire l’exposition de la population et notamment des enfants au cadmium.
Ce jeudi 5 juin marquera la journée mondiale de l’environnement. Et qui dit environnement dit médecine environnementale. Les alertes, plus ou moins fondées, sur les dangers sanitaires de tel ou tel élément environnemental se multiplient ces dernières années, suscitant des débats sans fin. Ce mercredi, dans un communiqué commun, les unions régionales des professionnels de santé des médecins libéraux ont décidé d’alerter la population sur un danger relativement méconnu : l’exposition de la population et particulièrement des enfants au cadmium.
Naturellement présent dans les sols, le cadmium est un métal dont la toxicité, comparable à celle du mercure ou du plomb, n’est plus à démontrer. A forte dose, l’exposition au cadmium peut provoquer de la fièvre, des nausées, des pertes de connaissance, syndrome dénommé « fièvre des métaux » et également de fortes douleurs articulaires, appelé maladie Itai-itai (maladie « aie-aie » en japonais). Mais ce type d’intoxications massives ne se rencontrent que dans le milieu professionnel et sont devenues rares.
C’est plutôt l’exposition environnementale de la population au cadmium qui inquiète ces médecins. La principale source d’exposition au cadmium est le tabagisme, suivie de l'alimentation. Le pain, les légumes, les pommes de terre ainsi que les algues alimentaires utilisées dans la cuisine japonaise sont les principales sources d’exposition au cadmium. Il est établi que l’exposition à ce métal favorise des néphropathies et la fragilité osseuse.
Plus d’un tiers des enfants trop exposés au cadmium
Mais certains travaux suggèrent que le cadmium pourrait également jouer le rôle de perturbateur endocrinien et favoriser le développement de cancer, même si comme souvent les corrélations sont difficiles à établir et les preuves demeurent parfois fragiles. « Le cadmium est suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas » indiquait néanmoins en 2021 Santé Publique France (SPF). Le Dr Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail « Santé Environnementale » de la Conférence Nationale des URPS, cite également un risque accru de cancers du rein et du foie.
Les auteurs du communiqué disent avoir épluché les données disponibles sur l’imprégnation de la population française au cadmium et en tirent des conclusions inquiétantes. Chez les adultes français, l’exposition au cadmium aurait quasiment doublé entre une première étude menée en 2006-2007 et une seconde datant de 2014-2016. Elle est trois fois supérieure à l’exposition des adultes américains et deux fois supérieure à celle des adultes italiens.
La situation est encore plus inquiétante chez les enfants. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), 14 % des enfants âgés de 3 à 17 ans et 36 % des enfants de moins de trois ans ont une exposition alimentaire « dépassant la dose journalière tolérable par ingestion pour le cadmium ». Les enfants français seraient quatre fois plus exposés au cadmium que les petits allemands ou américains.
Pour l’interdiction des engrais à haute teneur en cadmium
Au niveau individuel, l’exposition au cadmium peut être réduite via l’arrêt du tabagisme et une alimentation variée. « Faites attention à ce que vous donnez à manger à vos enfants, faites attention à ce que vous mangez vous-même et à l'origine de vos aliments, essayez de varier au maximum votre alimentation » conseille le Dr Meyvaert auprès de France info. A ce titre, l’URPS demande au gouvernement de lancer une campagne de santé publique « pour informer sur l’existence de la contamination et les sources possibles de celles-ci ». Une campagne à laquelle devront activement participer les médecins libéraux.
Mais en amont et au niveau collectif, la solution passe par l’utilisation, en agriculture, d’engrais phosphatés contenant moins de cadmium. « Cette contamination de l’alimentation est liée aux engrais importés en France », notamment depuis le Maroc, écrit l’URPS. Les médecins demandent donc aux autorités d’enfin appliquer un taux maximum de cadmium autorisé dans les engrais utilisés en France, comme l’Anses le recommande depuis déjà 2011.
« Dans un contexte d’urgence sanitaire parfaitement documentée scientifiquement, il est de notre devoir d’interpeller la puissance publique pour actionner les leviers nécessaires afin de protéger les citoyens, sans plus attendre » plaide le Dr Meyvaert. « Il nous faut donc agir parallèlement sur la démocratisation de l’information pour permettre des mesures d’atténuation au sein des foyers. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ».



