L’Assurance Maladie a annoncé qu’elle allait prochainement rembourser les dosages sanguins et urinaires du cadmium. Certains spécialistes se montrent dubitatifs.
C’est un métal dont presque personne n’avait entendu parler (depuis sa découverte au début du XIXe siècle) il y a encore quelques mois et qui suscite désormais crainte et interrogations. Le cadmium, naturellement présent dans les sols, constitue, à en croire certains, une nouvelle bombe sanitaire qui menace notre santé. La crainte suscitée par ce contaminant s’est quelque peu emballée le 25 mars dernier, lorsque l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport confirmant que la population française était fortement exposée au cadmium, notamment via l’alimentation (pain, céréales, pâtes et riz sont les aliments les plus contaminés) et secondairement via le tabagisme.
L’exposition au cadmium peut, à très fortes doses, provoquer de la fièvre et des nausées mais ce type d’intoxications massives ne se rencontre que dans le milieu professionnel. A plus faible dose, l’exposition environnementale peut favoriser des néphropathies et une fragilité osseuse et avoir des effets sur la reproduction et le développement du fœtus. Le cadmium pourrait également être cancérogène mais cela reste à confirmer. En 2021, Santé publique France (SPF) écrivait ainsi que ce métal est « suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas » (le cadmium n’a en revanche aucun effet sur l’anatomie masculine).
Même se ronger les ongles expose au cadmium !
Face à ce danger difficilement cernable, l’Assurance Maladie a décidé d’agir. Ce mardi, la CNAM a donc conclu un accord avec les syndicats de biologie médicale pour permettre la prise en charge du dépistage sanguin et urinaire du cadmium. Pour entrer en vigueur, l’accord doit encore être validé par différentes instances et notamment par le gouvernement, qui devra publier un arrêté au Journal officiel, ce qui prendra plusieurs mois. Dans le détail, le dépistage serait facturé à 27,50 euros, pris en charge à 60 % par l’Assurance maladie et à 40 % par les complémentaires santé, avec une clause de revoyure pour une renégociation du tarif.
L’idée de prendre en charge en ville (c’est déjà le cas à l’hôpital) le dosage du cadmium n’est pas nouvelle. En juin dernier, le ministre de la Santé de l’époque Yannick Neuder avait promis qu’un accord serait rapidement trouvé pour assurer un tel remboursement. C’est d’ailleurs lui qui a annoncé ce mardi sur X que « l’Assurance-maladie et les syndicats de biologie médicale ont conclu un accord sur le tarif de ce test ». L’information a ensuite été confirmée par les syndicats de biologistes médicaux. « Un accord a été trouvé mi-mars, dans le cadre de la commission de hiérarchisation des actes de biologie médicale » a ainsi indiqué François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDBIO).
La Haute Autorité de Santé (HAS) s’était déjà prononcée en faveur de la prise en charge du dosage (urinaire uniquement) du cadmium en octobre 2024. Pas question cependant de dépister l’intégralité de la population française évidemment. Le dépistage doit être limité aux personnes à risque d’être fortement exposées au cadmium, c’est-à-dire aux individus qui vivent à proximité de terrains dont le sol présente une concentration élevée de ce métal (plus de 0,5 mg/kg de matière sèche). Parmi eux, sont particulièrement à risque les consommateurs de végétaux provenant de jardins individuels ou de la cueillette, les enfants de moins de 7 ans, les sujets résidant sur un terrain contaminé depuis au moins dix ans et, plus étonnamment, « les personnes rongeant leurs ongles ou mangeant de la terre ».
Un dépistage à l’utilité discutable
Dans ses recommandations, la HAS estimait qu’un risque pour la santé était à craindre dès lors que le sujet présentait un taux de cadmium dans l’urine supérieur à 1 µg/g créatinine. « Dans ce cas, le médecinproposera des examens complémentaires pour rechercher une atteinte rénale, une déminéralisation osseuse (si la personne a au moins 60 ans ou quand il s'agit d'une femme, si elle est ménopausée ou encore si le bilan rénal a montré des anomalies) et une carence en fer, en calcium ou en zinc » développe la HAS. « Il proposera également une surveillance adaptée de la grossesse et après la naissance de l’enfant si la personne est enceinte et aidera à identifier les mesures à prendre dans la vie quotidienne de la personne ».
Comme souvent lorsqu’il est question de médecine environnementale, des dissensions existent sur la question du cadmium, entre ceux qui y voient une vraie menace de santé publique et ceux qui s’inquiètent d’une panique excessive. Certains médecins se montrent quelque peu dubitatifs quant à l’opportunité de tester le niveau de cadmium dans le sang.
« Ça me paraît hors sol » commente ainsi sur X le Dr Jérôme Barrière, oncologue souvent très critique sur les raccourcis qui peuvent être faits par certains entre exposition à des polluants et risque de cancer. « Il n’existe aucune étude amenant à une prise en charge spécifique selon un taux mesuré. Il n’existe aucune recommandation internationale qui dise qu’un dosage systématique du cadmium chez les sujets asymptomatiques de la population générale améliorerait des issues cliniques. C’est du pur lobbying basé sur du vent » regrette l’oncologue. Chef du service de pneumologie du CHU de Limoges, le Pr François Vincent estime quant à lui que « le dépistage n'a d'intérêt que chez les professionnels exposés en chronique à de très fortes concentrations ».
L’Assurance Maladie a-t-elle trop rapidement cédé à la panique sur cette question hautement complexe de l’exposition au cadmium ?



