Des urgences de moins en moins rapides

Le temps de passage médian des patients aux urgences a augmenté de près d’une heure en un an.

Nous relatons régulièrement dans ces colonnes les difficultés croissantes qu’ont les services d’urgences de France et de Navarre à prendre en charge rapidement (et efficacement) l’intégralité des patients qui se rendent dans les établissements hospitaliers, notamment durant certaines périodes particulièrement sensibles comme l’été et ses départs en congé et l’hiver et ses épidémies. Si la presse locale est remplie d’anecdotes sur des patients ayant parfois dû attendre plus de 24 heures pour être soignés, la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé) a voulu connaitre plus précisément en combien de temps ces patients nécessitant, en principe, des soins urgents étaient pris en charge.

Entre le 13 juin 2023 à 8 heures du matin et le lendemain 14 juin exactement 24 heures plus tard, des agents de la Drees ont donc été postés dans tous les services d’urgence de France (à l’exception de Mayotte) afin de mesurer le temps de prise en charge. Une étude similaire avait été réalisée dix ans auparavant, les 11 et 12 juin 2013. Cette journée a été choisie pour éviter les périodes de forte affluence habituelle. Il s’agit donc d’une « photographie de l’activité un jour moyen » explique la Drees et ces données « ne sont pas représentatives de l’activité globale annuelle ni hebdomadaire des urgences, notamment des pics d’activité générés par les épidémies hivernales ou constatés les lundis par exemple ».

Les patients doivent s’armer de patience, quel que soit leur parcours de soin

Les résultats de l’enquête révèlent une augmentation de la durée médiane du passage aux urgences (période qui va de l’enregistrement administratif à la sortie du service), qui est passé, entre 2013 et 2023, de 2h15 à 3h10. Sur cette période de dix ans, la durée du passage aux urgences a augmenté pour tous les patients, quel que soit le type de parcours de soin.

Ainsi, les patients qui n’ont pas été hospitalisés lors de ou à la suite de leur passage (79 % d’entre eux) sont restés 2h35 aux urgences, soit 45 minutes de plus qu’en 2013. Logiquement, plus les soins prodigués aux patients sont importants, plus le temps de passage est long. Les patients non-hospitalisés qui ont simplement consulté un médecin sont restés 1h35 aux urgences (20 minutes de plus qu’en 2013), ceux qui ont eu besoin d’un acte de biologie 3h20 (35 minutes de plus) et ceux pour lesquels les médecins ont dû recourir au plateau technique 3h55 (1h15 de plus). 

La durée de passage aux urgences est plus longue pour les patients qui finissent par être hospitalisés. Ceux qui sont hospitalisés dans un autre service passent un temps médian de 6h30 aux urgences, contre 4h45 en 2013. « Le parcours peut être allongé par plusieurs éléments : les examens et les soins, beaucoup plus fréquents pour ces patients, le temps nécessaire pour trouver un lit dans un service d’hospitalisation ou pour que le lit soit prêt, ou encore le délai d’arrivée du moyen de transport dans le cas d’un transfert vers un autre hôpital » note la Drees. 

Pour être soigné rapidement, mieux vaut se rendre dans un petit service d’urgence

Sans surprise, les patients hospitalisés aux urgences dans une UHCD (unité d’hospitalisation de courte durée), soit 9 % des personnes prises en charge, restent très longtemps aux urgences : la moitié d’entre eux y restent plus de 17h30 (contre 14h50 en 2013) dont 11h55 au sein de l’UHCD (11h en 2013). Les délais les plus longs sont pour les 4 % de patients qui sont d’abord hospitalisés en UHCD puis transférés au sein d’un autre service hospitalier : ils restent, en temps médian de 19h40 à l’hôpital, soit 2h40 de plus qu’en 2013. « Parmi eux, 25 % ont été admis en UHCD en attendant de pouvoir rejoindre un lit déjà trouvé et 25 % faute de lit disponible » commente la Drees, illustrant les difficultés qu’ont les urgentistes à trouver des lits d’aval pour leurs patients.

Cette augmentation du temps de prise en charge entre 2013 et 2023 ne semble pas dû à une augmentation du recours à des soins complexes et chronophages. Les modalités de prise en charge n’ont en effet que peu évolué ces dix dernières années, avec tout de même une légère augmentation du recours au plateau technique (mais qui ne peut expliquer à elle seule cette hausse du temps de prise en charge, que l’on observe quel que soient les types de parcours de soins).

Enfin, la Drees observe, là encore sans surprise, que les services d’urgence avec la plus forte affluence sont ceux dans lesquels les patients doivent le plus s’armer de patience. Un patient qui se rend aux urgences mais qui n’a pas besoin d’être hospitalisé sera ainsi pris en charge en seulement 1h45 dans un service d’urgence accueillant moins de 40 patients par 24 heures, contre 3h15 s’il se rend dans un service qui s’occupe de plus de 120 patients par jour.

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