Trois candidats-vaccins contre la souche Bundibugyo vont bénéficier de financements internationaux importants, alors que l’épidémie de fièvre à virus Ebola continue de s’étendre en RDC.
Le compte à rebours a commencé en République démocratique du Congo (RDC), où sévit depuis le début du mois de mai une épidémie de fièvre à virus Ebola de souche Bundibugyo, localisée dans le nord-est du pays. Depuis que, le 15 mai dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que l’épidémie constituait une « urgence de santé publique de portée internationale », les laboratoires et les organisations internationales se sont fixés comme objectif de développer un vaccin contre ce virus dans les plus brefs délais. Si depuis 2019, un vaccin contre la souche Zaïre, la plus répandue du virus Ebola, est disponible (le vaccin Ervebo du laboratoire américain Merck), il n’existe pour le moment aucun vaccin ni traitement contre la souche Bundibugyo, plus rare.
Ce lundi, la course aux vaccins s’est accélérée lorsque la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), une fondation internationale basée en Norvège, a annoncé qu’elle allait dégager 60 millions de dollars pour financer l’élaboration rapide d’un vaccin. Trois candidats-vaccins contre la souche Bundibugyo considérés comme les plus prometteurs ont été sélectionnés par la CEPI, en accord avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le centre de contrôle et de prévention des maladies d’Afrique (Africa CDC).
La CEPI mise sur Moderna
Le candidat le plus prometteur est le vaccin rVSV Bundibugyo, développé par l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI) et l’université du Texas. Ce vaccin, qui repose sur la même technologie que le vaccin Ervebo ciblant la souche Zaïre, a obtenu des résultats prometteurs lors d’essais réalisés chez des singes non-humains en 2023. La CEPI va débourser 3,2 millions de dollars pour financer le développement de ce candidat vaccin. Problème : le produit ne devrait pas être prêt pour des essais cliniques avant sept à neuf mois.
La communauté médicale pourrait donc être tentée de se tourner vers un autre candidat-vaccin, développé par l’université d’Oxford. Utilisant la même technologie que celle qui avait permis le développement du vaccin contre la Covid-19 d’AstraZeneca, ce vaccin a l’avantage d’être produit par le Serum Institute of India (SII), la plus grande usine pharmaceutique du monde et pourrait donc être disponible plus rapidement, dans deux à trois mois. La CEPI a donc accordé une subvention de 8,6 millions de dollars à l’université d’Oxford.
Enfin, la CEPI a décidé de miser 50 millions de dollars sur le troisième candidat. Développé par le laboratoire américain Moderna, il repose sur la technologie de l’ARN messager. « Nous pensons que notre technologie de l’ARNm peut jouer un rôle important pour apporter une réponse rapide à des maladies infectieuses émergentes » a commenté le président de Moderna, le Français Stéphane Bancel.
Pourquoi ne pas utiliser le seul vaccin disponible ?
En attendant que ces vaccins ne soient testés, aient des résultats positifs et soient disponibles (s’ils le sont un jour) et alors que l’épidémie continue de faire rage en RDC, l’une des solutions provisoires seraient d’utiliser le vaccin Ervebo développé contre la souche Zaïre, en espérant qu’il puisse également protéger les individus contre la souche Bundibugyo. Une étude menée par des chercheurs français et publiée en preprint jeudi dernier a ainsi établi que les personnes vaccinées avec le vaccin Ervebo développent des anticorps dirigés contre la souche Bundibugyo. « Les résultats contre Bundibugyo sont plus faibles que contre Zaïre, mais on voit que beaucoup de volontaires ont des réponses très fortes, certains développant une réponse de même intensité que contre Zaïre » commente pour Le Monde le Pr Yves Lévy, directeur du Vaccine Research Institute (VRI) et principal auteur de l’étude.
Une étude qui n’a pas convaincu l’OMS, qui a décidé d’écarter la possibilité d’utiliser le vaccin Ervebo pour tenter de juguler la crise en RDC. « Seules des données peu probantes viennent étayer son efficacité potentielle » se justifie l’agence onusienne. Les spécialistes se montrent très partagés face à l’attitude de l’OMS. « Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas développé de stratégie pour proposer le seul vaccin existant : l’important aujourd’hui, c’est de combler le vide sidéral des trois à six prochains mois » commente ainsi le Pr Antoine Flahault. A l’inverse, le Pr Yazdan Yazdanpanah, qui a pourtant cosigné l’étude du Pr Levy, comprend la prudence de l’OMS. « Si on utilise un vaccin qui n’est pas efficace, à la prochaine épidémie, la population n’ira pas se faire vacciner » commente-t-il, alors qu’une partie des habitants du nord-est de la RDC ressentent une grande méfiance vis-à-vis des autorités sanitaires.
En attendant le déploiement éventuel d’un vaccin, qui devrait donc prendre a minima plusieurs mois, les autorités congolaises et les ONG ont décidé d’utiliser divers médicaments expérimentaux potentiellement efficaces contre la souche Bundibugyo. Des doses de remdesivir et d’obeldesivir, deux médicaments antiviraux, ainsi que de MBP134, un anticorps monoclonal, vont ainsi être acheminés dans la région.
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