Les femmes désormais majoritaires chez les médecins

La féminisation de la profession devrait s’accélérer ces prochaines années, les femmes étant largement majoritaires chez les jeunes médecins.

En 1875, le Dr Madeleine Brès devenait la première femme française à devenir docteur en médecine (pour la petite histoire, il lui avait fallu obtenir l’autorisation de son mari pour mener ses études). Cent cinquante ans plus tard, la médecine n’est définitivement plus un art masculin : au 1er janvier 2026, pour la première fois dans les annales, les femmes sont majoritaires parmi les médecins en activité (50,5 % des effectifs). C’est l’un des nombreux enseignements de l’édition annuelle de l’atlas de la démographie médicale, publiée par le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) ce mardi.

Le CNOM comptabilise au total près de 344 000 médecins inscrits à l’Ordre, soit une hausse de 31,7 % depuis 2010. Mais parmi eux, seulement 71,6 % sont actifs, dont 7 % en cumul emploi-retraite. Depuis 2010, le nombre de médecins actifs (environ 245 000 en 2026) a ainsi augmenté de 14 % (+ 1,9 % depuis 2015) tandis que celui des médecins retraités sans activité a bondi de 327 %, en lien avec l’arrivée à l’âge de la retraite des médecins baby-boomers et avec l’allongement de l’espérance de vie. « La baisse du nombre de médecins en activité est désormais derrière nous » commente le CNOM qui, au vu de l’augmentation des effectifs d’étudiants en médecine ces dernières années, table sur une augmentation de 40 % du nombre de médecins en activité d’ici 2040. 

Parmi les médecins en activité, on compte 46 % de spécialistes médicaux, 12 % de spécialistes chirurgicaux et 42 % de généralistes. La profession se rajeunit, l’âge médian des médecins étant désormais de 49,9 ans, contre 50,4 ans en 2010. Le CNOM parle ainsi d’une pyramide des âges en diabolo : beaucoup de médecins seniors (29,6 % ont plus de 60 ans), qui ont généralement mené leurs études avant ou dans les premières années du numerus clausus et beaucoup de jeunes médecins (31,1 % ont moins de 40 ans), qui ont bénéficié de l’élargissement du numerus clausus à partir des années 2000. Sans surprise, on retrouve les médecins les plus âgés dans les territoires ruraux : dans la Creuse, la Lozère ou le Lot, la part des médecins de plus de 60 ans dépasse les 45 %.

14 % des médecins en activité n’ont pas fait leurs études en France

La profession se féminise donc et les choses devraient s’accentuer dans les prochaines années : chez les médecins de moins de 45 ans, on compte 65 % de femmes. Si la féminisation de la profession touche tout le pays, les territoires ruraux font encore de la résistance : dans la Nièvre par exemple, les deux tiers des médecins sont des hommes.

Autre enseignement de cet Atlas de la démographie médicale, le travail salarié continue d’avoir le vent en poupe. Ainsi, 47 % des praticiens sont salariés (42,2 % en 2015) et seulement 41,6 % sont libéraux exclusifs (47,9 % en 2015), auxquels il faut ajouter 11,4 % de médecins en activité mixte. L’activité libérale exclusive reste cependant majoritaire chez les généralistes (54,7 %).

L’étude du CNOM confirme le rôle grandissant des médecins à diplôme étranger. Ce sont ainsi 34 950 médecins exerçant en France qui ont obtenu leur diplôme hors de l’Hexagone, soit 14,2 % des médecins en activité et une hausse de 127,7 % depuis 2010. Parmi eux, 39 % ont obtenu leurs diplômes au sein de l’Union européenne, le plus souvent en Roumanie et 61 % hors de l’Union européenne, généralement en Algérie ou en Tunisie. 

Quatre départements sans le moindre dermatologue

Si le nombre de médecins en activité et donc l’offre de soins augmente, le CNOM constate malheureusement que la désertification médicale (relative) s’accentue. La situation reste inchangée par rapport aux dernières évaluations, avec une densité importante de médecins dans les grandes villes et sur les côtes et une désertification dans les campagnes. On compte ainsi cinq fois plus de médecins en activité par habitant à Paris (917,8 médecins pour 100 000 habitants) que dans l’Ain (175,2 médecins), une situation d’autant plus problématique que, nous l'avons dit, les médecins des départements ruraux sont généralement plus âgés. 

La répartition des médecins sur le territoire paraît encore plus inégale si l’on se concentre sur certaines spécialités : Paris compte ainsi 12 fois plus de psychiatres par habitant que l’Indre, 22 fois plus de pédiatres que la Meuse, tandis que quatre départements (Ariège, Indre, Lozère, Nièvre) ne comptent pas le moindre dermatologue.

« L’Ordre se félicite de l’augmentation du nombre de médecins, mais reste très vigilant quant à la progression des inégalités d’accès aux soins qui appelle des réponses structurelles ambitieuses » commente le CNOM, sans se risquer à formuler des propositions pour résoudre cette fracture territoriale. L’Atlas de la démographie médicale « a vocation à contribuer à nourrir les débats sur la santé à l’aune des élections générales, présidentielles et législatives de 2027, afin de garantir un accès équitable et pérenne aux soins, socle de notre pacte social républicain » conclut le CNOM. 

Appelant ainsi de façon subliminale à une régulation de l’installation des jeunes médecins. 

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