Le diastasis des grands droits de l’abdomen lié à la grossesse est décrit comme l’élargissement de la linea alba, tissu conjonctif entre les deux corps musculaires du grand droit de l’abdomen. Ce phénomène est causé par la croissance du fœtus étirant à la fois le tissu conjonctif et les muscles abdominaux adjacents au cours des deuxième et troisième trimestres de la grossesse. Il n’y a pas de consensus concernant le seuil pour le diagnostiquer mais l’échographie reste la méthode de mesure recommandée. Affection fréquente chez les femmes enceintes, sa prévalence rapportée est entre 70 et 100 %. Même si la plupart des femmes connaissent une rémission naturelle pendant la période du post-partum, la prévalence se réduisant à 60 % six semaines après l’accouchement, un tiers d’entre elles présente encore un déficit persistant à 1 an. À ce jour, il est déconseillé aux femmes enceintes de pratiquer des exercices de renforcement impliquant le grand droit de l’abdomen se basant sur l’hypothèse que cela augmenterait le diastasis. Pour lever l’incertitude, une étude a évalué l’impact d’un programme de 12 semaines d’exercices des muscles abdominaux et du plancher pelvien pendant la grossesse sur le diastasis immédiatement après la période d’intervention et à 6 semaines après l’accouchement.
Dans cet essai contrôlé randomisé en groupes parallèles ont été incluses 96 femmes enceintes, primi- ou multipares, avec un élargissement de la linea alba supérieur à 28 mm à la 24ème semaine de grossesse. Alors que le groupe expérimental a participé à un programme d’exercices de 12 semaines sur les muscles abdominaux et le plancher pelvien, le groupe témoin n’a reçu aucune intervention spécifique dédiée.
Un effet négligeable sur le diastasis des grands droits
Lors du suivi, le diastasis a augmenté pour les 2 groupes entre le début de l’intervention et la fin de celle-ci 12 semaines après, et a diminué entre la fin de l’intervention et le suivi à 6 semaines après l’accouchement.
À 2 cm au-dessus de l’ombilic, l’effet de l’intervention était de 2 mm (IC à 95 % : -2 à 7) immédiatement après les 12 semaines d’intervention et de -1 mm (IC à 95 % -4 à 3) lors du suivi post partum. À 2 cm sous l’ombilic, l’effet immédiatement après l’intervention était de -5 mm (IC à 95 % -10 à 0) et de 0 mm (IC à 95 % -4 à 4) au suivi (p<0,05).
Ainsi, l’entraînement des muscles abdominaux et du plancher pelvien pendant la grossesse a un effet négligeable sur le diastasis pendant la grossesse et 6 semaines après l’accouchement. Les différences de variations entre les 2 groupes étaient inférieures à une taille d’effet cliniquement significative. Les lignes directrices canadiennes de 2019 sur l’activité physique pendant la grossesse recommandent aux femmes enceintes d’éviter les exercices impliquant le muscle droit de l’abdomen se basant sur l’hypothèse que cela pourrait augmenter le diastasis. Ainsi, cet essai montre que les femmes enceintes, hors risque d’accouchement prématuré, peuvent réaliser pendant la grossesse des exercices des muscles abdominaux s’ils sont associés à des exercices du périnée sans majorer leur diastasis. Une évaluation complémentaire des troubles de la continence et des déficits périnéaux sphinctériens des 2 groupes respectifs aurait apporté une information supplémentaire pour valider cette conclusion.
