Traitement pour les nouveau-nés, nouveaux tests de diagnostic rapide, vaccins ARNm : trois avancées redonnent des armes à la lutte contre le paludisme, alors que les cas repartent à la hausse.
Selon le rapport mondial sur le paludisme 2025, des progrès substantiels ont été réalisés, avec environ 2,3 milliards d'infections évitées et 14 millions de vies sauvées dans le monde depuis 2000. Ainsi, à compter de janvier 2025, 45 pays et 1 territoire ont été certifiés exempts de paludisme et 37 pays ont signalé moins de 1000 cas. Actuellement, 25 pays déploient des vaccins contre le paludisme, protégeant des millions d'enfants, ainsi que des moustiquaires de nouvelle génération qui représentent 84 % des nouvelles moustiquaires distribuées. Cependant, ces progrès sont menacés par la résistance du plasmodium aux médicaments, par la résistance des anophèles aux insecticides, l'échec des tests de diagnostic rapide et des réductions drastiques de l'aide internationale au développement. Les cas de paludisme ont récemment augmenté ; selon les estimations les plus récentes de l'OMS, 282 millions de cas sont survenus en 2024, soit 9 millions de plus que l'année précédente (1).
Heureusement, trois nouvelles avancées dans la lutte contre le paludisme fournissent des outils supplémentaires particulièrement utiles pour les zones d’endémie palustre en Afrique qui supporte près de 90 % du fardeau paludéen.
L'OMS préqualifie le tout premier traitement du paludisme pour les nouveau-nés
L'OMS et ses partenaires lancent la campagne de la Journée mondiale du paludisme 2026, « Driven to End Malaria : Now We Can — Now We Must » (« Déterminés à en finir avec le paludisme : maintenant, nous pouvons. Maintenant, nous devons. »). À l'occasion de cette Journée, célébrée chaque année le 25 avril, l'OMS a annoncé une avancée significative : la préqualification du premier traitement antipaludique développé spécifiquement pour les nouveau-nés et les jeunes nourrissons pesant entre deux et cinq kilogrammes (2). La préqualification signifie que le médicament répond aux normes internationales de qualité, de sécurité et d'efficacité, et qu'il pourra désormais être déployé à grande échelle pour l'un des groupes de patients les plus mal desservis. Il s'agit de l'artéméther-luméfantrine, première et seule formulation antipaludique conçue pour ce groupe d'âge. Jusqu'à présent, les nourrissons étaient traités avec des formulations destinées aux enfants plus âgés, ce qui augmentait le risque de sous-dosage, de surdosage, d'effets secondaires et de toxicité. Cette préqualification permettra de combler un déficit thérapeutique de longue date pour quelque 30 millions de bébés nés chaque année dans les zones d'endémie palustre en Afrique (2, 3).
Trois nouveaux tests de diagnostic rapide préqualifiés par l’OMS
Le 14 avril 2026, l'OMS a également préqualifié trois nouveaux tests de diagnostic rapide (TDR) (3, 4). Les TDR les plus utilisés actuellement pour le diagnostic du paludisme à Plasmodium falciparum, « l'espèce qui tue », reposent sur la détection de la protéine HRP2 (TDR-HRP2). Or, des enquêtes conduites dans 46 pays ont montré que certaines souches de P. falciparum ont perdu le gène pfhrp2 responsable de la synthèse de cette protéine, les rendant indétectables par les TDR-HRP2 et entraînant des résultats faussement négatifs. Les conséquences peuvent être graves : dans les pays de la Corne de l'Afrique, jusqu'à 80 % des cas de paludisme auraient ainsi échappé au diagnostic, avec des retards de traitement et des décès à la clé. Les trois nouveaux TDR ciblent une protéine parasitaire différente, la pLDH (Plasmodium lactate déshydrogénase), dont le parasite ne peut pas s'affranchir aussi facilement. Il s'agit des tests Biocredit Malaria Ag Pf/Pv pLDH, Biocredit Malaria Ag Pf pLDH/HRP2 et Biocredit Malaria Ag Pf pLDH. Ces TDR constituent une alternative fiable et de qualité assurée lorsque les TDR-HRP2 sont mis en échec par les délétions géniques. L'OMS recommande leur utilisation dans les pays où plus de 5 % des cas échappent au diagnostic en raison de ces délétions du gène pfhrp2.
L’ARN messager au service de la lutte contre le paludisme
Les vaccins actuellement disponibles contre Plasmodium falciparum offrent une protection partielle et de courte durée. Quant à Plasmodium vivax, aucun vaccin n'existe à ce jour. Le besoin de vaccins plus efficaces, durables et capables de cibler plusieurs formes du parasite est donc immense. Dans ce contexte, l'Institut Pasteur (unité de Biologie de Plasmodium et vaccins), en association avec plusieurs plateformes technologiques de l'Institut, et en collaboration avec Moderna et l'Agence nationale de la recherche (ANR), a lancé le projet mRNAMalVac. Ce programme ambitieux vise à développer des vaccins de nouvelle génération contre le paludisme grâce à la technologie de l'ARN messager (ARNm), qui permet de combiner plusieurs cibles antigéniques dans un même vaccin, accélère le développement et ouvre la voie à des stratégies vaccinales innovantes (5). Le projet cible simultanément Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax, en s'attaquant à plusieurs stades du cycle de vie complexe du parasite. Cette approche multi-antigénique vise à induire une réponse immunitaire plus large et plus robuste.
Les premières études précliniques sont encourageantes : les vaccins ARNm testés induisent une bonne réponse immunitaire et montrent des résultats prometteurs dans des modèles expérimentaux. L'objectif est désormais d'identifier les combinaisons vaccinales les plus efficaces et de préparer les étapes nécessaires à un futur développement clinique. Moderna met à disposition sa technologie pour l'évaluation préclinique des candidats-vaccins. Financé par l'ANR, ce projet illustre comment les technologies vaccinales de pointe peuvent être mises au service d'un enjeu de santé publique majeur pour les populations les plus vulnérables.
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