Dans un contexte international tendu, le ministère de la Santé a ordonné aux établissements de santé de se tenir prêt à une guerre de haute intensité.
Les directeurs des 17 agences régionales de Santé (ARS) que comptent notre pays ont dû être quelque peu surpris, voire inquiets à la lecture de l’instruction que leur a adressé leur ministre de tutelle Catherine Vautrin le 18 juillet dernier. Dans cette note, dont le Canard Enchainé révèle le contenu dans son édition de ce mercredi, la ministre demande en effet à ces hauts fonctionnaires de s’assurer que le système de santé soit prêt, d’ici mars prochain, à faire face à un « engagement majeur ». Comprenez par cet euphémisme que le gouvernement craint que la France se retrouve impliqué dans ce que les militaires appellent une guerre de « haute intensité ».
Alors que la guerre en Ukraine dure depuis déjà plus de trois ans, l’idée que notre pays puisse être engagé dans un tel conflit dans un avenir proche ne relève en effet plus totalement de la politique fiction. Si la France et ses alliés occidentaux devaient être engagés dans une guerre en Europe (au hasard à la suite d’une agression russe), les hôpitaux devraient se tenir prêts à prendre en charge des centaines voir des milliers de soldats français et étrangers blessés au combat.
Le service de santé des armées n’est pas prêt à un éventuel conflit majeur
Dans son instruction ministérielle, Catherine Vautrin demande que soit mis en place des centres médicaux spécialisés dans les blessures de guerre qui seront activés en cas de conflit. Situés près des gares et des aéroports, ces centres doivent pouvoir prendre en charge 100 patients par jour et même 250 blessés quotidiens pendant trois jours lors de « pics d’activité » (sic).
De par sa position géographique, la France pourrait, dans le cadre d’un conflit européen, servir de base arrière à une coalition internationale. Le gouvernement souhaite donc que les hôpitaux français soient prêts à prendre en charge les milliers de soldats étrangers qui pourraient transiter par notre pays (le ministère chiffre les besoins à entre 100 000 et 500 000 hommes à accueillir pendant 6 mois !). Ces hommes « jeunes et aptes au combat » auront besoin de soins médicaux, mais surtout d’actes de prévention, tels que dépistage et vaccination indique la note.
Le gouvernement sait que sur la question de la prise en charge médicale des blessés de guerre, la France part de loin. En 2023, la Cour des Comptes avait conclu dans un rapport que le service de santé des armées (SSA) était « dans l’incapacité aussi bien sur le plan humain que matériel de soutenir l’hypothèse d’engagements majeurs ». Et lors d’un exercice militaire réalisé en 2021, les médecins militaires français s’étaient montrés incapables de prendre en charge les 1 100 blessés virtuels par jour d’une guerre de haute intensité hypothétique.
Préparer les esprits à une guerre
Catherine Vautrin espère donc que, en cas de conflit, les médecins civils viendront prêter main forte à leurs confrères qui sont sous les drapeaux. Les hôpitaux civils devront notamment « récupérer » tous les patients civils actuellement pris en charge dans les huit hôpitaux militaires que comptent notre pays pour qu’ils puissent se consacrer entièrement à la prise en charge des soldats blessés.
Le gouvernement insiste également sur l’importance de préparer immédiatement les esprits à l’éventualité que notre pays soit engagé dans un conflit majeur. Les directeurs d’ARS sont ainsi priés « dès à présent de sensibiliser la communauté soignante aux contraintes d’un temps de guerre marqué par la raréfaction des ressources, l’augmentation des besoins et la survenue d’éventuelles rétroactions sur notre territoire ». Une œuvre de sensibilisation qui concerne également le reste de la population : il est ainsi prévu que tous les Français reçoivent à l’automne prochain une sorte de guide de survie pour préparer à l’éventualité d’un conflit majeur ou d’une catastrophe naturelle.
Enfin, le ministère de la Santé n’oublie pas le nerf de la guerre (c’est le cas de le dire), à savoir l’argent. Il espère ainsi que la prise en charge des soldats étrangers alliés aboutira à une « indemnisation des établissements et professionnels de santé mobilisés pour les soins réalisés ».
Et si une bonne guerre était la solution pour combler le trou de la Sécu ?



