Incontinence post-partum : la faute au diaphragme ?

L'incontinence urinaire après l'accouchement ne serait pas qu'une affaire de plancher pelvien. Une étude pointe un dysfonctionnement global de la sangle thoraco-abdominale.

L’incontinence urinaire d’effort affecte 30 à 50 % des femmes dans l’année suivant un accouchement, le risque étant majoré en cas de multiparité et d’âge plus avancé. Elle se définit par des fuites urinaires involontaires en raison de mouvements augmentant la pression intra-abdominale, tels que la toux, un éternuement ou l’effort physique. Bien que la dysfonction des muscles du plancher pelvien soit considérée comme un facteur déterminant, des travaux récents mettent en avant l’importance de la coordination fonctionnelle entre le diaphragme, la sangle abdominale et le plancher pelvien dans le maintien de la continence urinaire. Au cours de la grossesse et de l’accouchement, des modifications mécaniques et fonctionnelles affectent ces structures synergiques. L’élévation du diaphragme induite par la croissance utérine réduit son amplitude et son efficacité, tandis que les muscles abdominaux et pelviens subissent des étirements et des traumatismes susceptibles d’altérer leur capacité contractile. Dans cette perspective où des altérations pourraient compromettre la coordination globale et favoriser l’apparition d’une incontinence, une étude a comparé le comportement des muscles abdominaux, du diaphragme et du plancher pelvien lors de tâches respiratoires au sein de trois groupes de femmes : celles présentant une incontinence urinaire d’effort post-partum, celles sans incontinence après un accouchement, et des femmes nullipares en bonne santé.

Cette recherche s’est appuyée sur un échantillon de 162 participantes réparties équitablement. Au total, 162 participantes primipares ont été incluses, âgées de 20 à 34 ans, entre 6 et 8 semaines post-partum, ayant accouché par voie basse à terme sans complications d’un seul enfant pesant entre 2,5 et 4,0 kg. Une échographie transabdominale a permis de quantifier l’épaisseur musculaire, l’activité du plancher pelvien et l’excursion diaphragmatique. En reproduisant l’analyse dans différentes conditions (notamment au repos, lors d’une respiration profonde maximale et lors d’une toux volontaire maximale), ce protocole a permis d’examiner les réponses musculaires dans des situations distinctes de variations de pression intra-abdominale.

Une coordination musculaire altérée, au-delà de la seule faiblesse pelvienne

Au repos, aucune différence significative entre les groupes n’a été mise en évidence en ce qui concerne l’épaisseur musculaire. En revanche, des différences notables apparaissent lors des exercices respiratoires, les femmes atteintes d’incontinence présentant une diminution significative de la variation d'épaisseur du muscle transverse de l'abdomen lors de l'expiration profonde maximale (26 % vs 59 % pour les femmes continentes post-partum et vs 62 % pour les femmes nullipares ; p < 0,05), ainsi qu’une réduction de l’excursion diaphragmatique (44,8 mm vs 57,1 mm pour les femmes nullipares ; p < 0,05). Parallèlement, une augmentation de l’activité du plancher pelvien est observée chez ces patientes (5,4 mm vs 3,2 mm chez les femmes en post partum continentes ; vs 3,0 mm chez les femmes nullipares ; p < 0,05), notamment en fin d’expiration et lors de la toux, ce qui peut être interprété comme un mécanisme compensatoire visant à pallier une insuffisance de soutien abdominal et diaphragmatique. L’analyse détaillée révèle également une réduction de la variation d’épaisseur des muscles obliques, en particulier le muscle oblique externe lors de l’expiration, ainsi qu’une altération du comportement du muscle oblique interne lors de l’inspiration, traduisant un dysfonctionnement global de la sangle abdominale. Par ailleurs, l’excursion diaphragmatique est significativement plus importante chez les femmes nullipares en comparaison avec les deux groupes post-partum, ce qui témoigne de l’impact persistant de la grossesse sur la fonction diaphragmatique, même en l’absence d’incontinence. Bien que la différence entre les deux groupes post-partum ne soit pas toujours statistiquement significative, une tendance à une réduction plus marquée chez les femmes incontinentes est observée, renforçant l’hypothèse d’une altération fonctionnelle plus prononcée. En ce qui concerne l’activité du plancher pelvien, les résultats indiquent une hyperactivité chez les femmes atteintes d’incontinence. De plus, une descente de la base vésicale est observée plus fréquemment dans le groupe atteint, notamment en fin d’expiration, ce qui traduit une moindre capacité de soutien des structures pelviennes face aux variations de pression.

En conclusion, les femmes présentant une incontinence urinaire d’effort post-partum se distinguent par une diminution de la mobilité diaphragmatique, une réduction de l’activation des muscles abdominaux et une augmentation de l’activité du plancher pelvien lors de situations augmentant la pression intra-abdominale. Cette incontinence urinaire ne résulterait pas uniquement d’une faiblesse du plancher pelvien, mais également d’une altération de la coordination entre les différents muscles du thorax et de l’abdomen. En cas d’incontinence, la réduction de l’excursion diaphragmatique pourrait indiquer une limitation de la mobilité diaphragmatique et une moindre capacité d’adaptation des muscles abdominaux aux variations de pression. Les anomalies de contraction des obliques lors de l’expiration suggèrent une perturbation de la synergie musculaire nécessaire à la régulation efficace de la pression intra-abdominale, laquelle joue un rôle crucial dans le soutien des structures pelviennes. Enfin, l’hyperactivité pelvienne (phénomène déjà rapporté dans la littérature), pourrait paradoxalement contribuer à la symptomatologie en perturbant les mécanismes de contrôle fin nécessaires à la continence.

Néanmoins, l’inclusion exclusive de femmes primipares limite la généralisation des résultats, en particulier aux femmes multipares. Malgré cela, cette étude présente un intérêt majeur en offrant une analyse intégrée de la fonction musculaire du tronc dans le contexte de l’incontinence post-partum, mettant en évidence des interactions complexes entre les différents groupes musculaires, nécessitant une approche thérapeutique globale. Ainsi les programmes de rééducation post-partum devraient intégrer non seulement un renforcement du plancher pelvien, mais également un travail spécifique sur la respiration diaphragmatique et l’activation des muscles abdominaux profonds, afin de restaurer une synergie fonctionnelle optimale. Des interventions ciblées telles que l’entraînement des muscles inspiratoires, la rééducation respiratoire et les exercices de stabilisation du tronc pourraient contribuer à améliorer les symptômes en rétablissant un contrôle efficace de la pression intra-abdominale.

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