Paris, le jeudi 28 mars 2024 — Corée, Chine, États-Unis, Angleterre… Le taux de prévalence des IST chez les personnes âgées de plus de 50 ans est en hausse partout dans le monde.
Une nouvelle étude dont les résultats ont été dévoilés en avant-première un mois avant le Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses (ECCMID 2024), montre que les infections sexuellement transmissibles (IST) seraient de plus en plus prévalentes chez les personnes de plus de 50 ans.
100 % d’augmentation au cours des dix dernières années aux États-Unis
Selon l’auteure de l’étude, la Pr Justyna Kowalska, de l’Université de médecine de Varsovie (Pologne), les données des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) montrent que les taux de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis chez les adultes américains âgés de 55 ans et plus ont plus que doublé ces dix dernières années. Ainsi, le taux de gonorrhée chez les personnes âgées de 55 à 64 ans est passé de 15 cas/100 000 habitants en 2015 à 57/100 000 en 2019.
Le constat est le même en Angleterre, où environ 37 000 IST ont été enregistrées chez les +45 ans en 2019, contre 31 000 en 2015, soit une augmentation de 18 %. La majorité des nouveaux diagnostics concernaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Les chiffres vont dans le même sens dans d’autres pays : Chine, Corée, Kenya, Botswana…
« L’augmentation du nombre de divorces, le renoncement aux préservatifs en raison de l’absence de risque de grossesse, la disponibilité de médicaments contre les dysfonctionnements sexuels, le grand nombre de personnes âgées vivant ensemble dans des communautés de retraités et l’utilisation accrue d’applications de rencontres sont susceptibles d’avoir contribué à l’incidence croissante des IST chez les plus de 50 ans », explique la Pr Kowalska.
Une vie sexuelle plus épanouie, mais l’embarras persiste
Selon l’auteure de l’étude, ces chiffres sont sans doute sous-estimés, du fait d’un accès limité aux services de santé sexuelle pour les plus de 50 ans et la volonté « d’éviter la stigmatisation et l’embarras ». « Ce groupe d’âge ne cherche pas à obtenir de l’aide quand il est atteint d’une IST », fait remarquer la professeure polonaise.
Un problème forcément aggravé par les stéréotypes autour de la sexualité des personnes âgées. Or, comme le rappelle la Pr Kowalska, « les gens ne deviennent pas asexuels avec l’âge ».
En effet, une étude menée en Angleterre montre que la moitié des hommes et environ un tiers des femmes âgées de 70 ans et plus ont déclaré être sexuellement actifs. La preuve que la sexualité diminue avec l’âge, mais ne disparaît pas.
Le désir sexuel et la fréquence des rapports semblent tous deux plus élevés chez les hommes que chez les femmes. La chercheuse indique ainsi qu’une étude rétrospective menée aux États-Unis auprès de plus de 420 000 couples âgés de 67 à 99 ans a révélé que le veuvage était associé à un risque accru d’IST chez les hommes âgés — mais pas chez les femmes. « Ces résultats indiquent que la prise de risques sexuels est courante chez les personnes âgées, en particulier chez les hommes », fait remarquer la Pr Justyna Kowalska.
« Étant donné que le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait doubler dans le monde d’ici à 2050 et que les médicaments destinés à stimuler l’activité sexuelle sont largement disponibles, les professionnels de la santé doivent se montrer proactifs en discutant des problèmes sexuels et en faisant de la santé sexuelle une partie intégrante des soins de santé généraux dispensés aux personnes âgées ».
Axer davantage les campagnes de sensibilisation vers les personnes âgées
Enfin, la chercheuse constate que l’éducation à la santé sexuelle à l’école n’existait probablement pas pour les personnes actuellement âgées de 60 ans ou plus, et les campagnes de santé sexuelle sont surtout « axées sur les jeunes et négligent les besoins et les expériences des personnes âgées de 50 ans et plus ».
Elle plaide donc pour de nouvelles campagnes de sensibilisation sur le sujet à destination des personnes âgées de plus de 50 ans pour « améliorer les connaissances des personnes âgées sur les risques d’IST et sur la manière d’avoir des rapports sexuels protégés ».






