Selon la dernière enquête de la Fédération hospitalière de France (FHF), le délai d’attente pour consulter un généraliste a triplé en sept ans et les délais pour consulter certains spécialistes dépassent les deux mois.
Notre système de santé universel qui faisait la fierté de notre pays (on se souvient de l’époque pas si ancienne où l’on affirmait posséder le « meilleur système de santé au monde ») est-il en train de sombrer petit à petit ? Sans être aussi alarmiste, force est de constater que l’accès aux soins se dégrade dans notre pays. C’est le bilan que tire le dernier baromètre sur le sujet réalisé par Ipsos pour la FHF et publié par nos confrères du média Ici ce mardi.
Premier enseignement de cette enquête, réalisée en février dernier auprès de 2 500 Français : les délais pour obtenir un rendez-vous chez un médecin libéral s’allongent. Principal indicateur de l’accès aux soins, le délai pour consulter un généraliste est ainsi passé de quatre jours en moyenne en 2019 à douze en 2026.
La situation est plus inquiétante pour les spécialistes : il faut ainsi attendre deux mois pour consulter un psychiatre, deux mois et dix jours pour un ORL (contre cinq semaines en 2019), trois mois et deux jours pour être vu par un cardiologue (un mois et trois semaines en 2019) et quatre mois et deux semaines pour qu’un dermatologue vous examine la peau (deux mois et deux jours en 2019). La situation s’améliore en revanche pour les ophtalmologues, moins deux semaines en sept ans, et reste acceptable pour les pédiatres, avec un délai d’attente de seulement trois semaines et deux jours (la conséquence de la chute des naissances ?).
Six mois d’attente pour consulter un dermatologue en Normandie
Si l’on entend parfois que toute la France est un désert médical, le baromètre de la FHF révèle tout de même de fortes disparités entre les régions. Sans surprise, c’est en Ile-de-France que l’accès aux soins est le plus acceptable : il n’y faut attendre « que » quatorze semaines pour voir un dermatologue ou huit semaines pour consulter un cardiologue.
Dans d’autres régions en revanche, l’accès aux spécialistes est catastrophique : les Normands doivent attendre six mois pour voir un dermatologue et quatre mois et demi pour un cardiologue, les habitants des Hauts-de-France cinq mois pour un psychiatre, les enfants bourguignons six semaines pour un pédiatre. « Avant, c'était exceptionnel, maintenant il n'y a pas une journée où je n'ai pas au moins un patient ou une patiente qui a pris le train ou sa voiture pour faire des kilomètres pour venir de Normandie, de Bretagne, ou d'ailleurs » témoigne auprès de France Info le Dr Pierre Setbon, cardiologue à Paris.
Conséquence de ces délais d’attente qui s’allongent, le renoncement aux soins « s’accentue d’année en année » constate la FHF. Ce sont ainsi 73 % des personnes interrogées qui déclarent avoir renoncé au moins une fois à se faire soigner dans les cinq dernières années, contre 63 % en 2024. Parmi les principales causes de renoncement, les Français citent notamment la durée de l’attente pour obtenir un rendez-vous (59 %), le coût (40 %) et la distance à parcourir pour se rendre chez le médecin (38 %).
Dans l’impossibilité de consulter un médecin libéral, les Français se tournent donc vers les services d’urgence, aggravant ainsi le risque de saturation. La moitié des participants au baromètre (49 %) reconnaissent ainsi s’être rendus aux urgences sans que leur état de santé ne le justifie. Ils sont 29 % à expliquer ce contournement du système par des difficultés d’accès à un médecin libéral et 27 % par la « facilité », notamment en raison de la possibilité de réaliser concomitamment tous les examens nécessaires.
La quasi-totalité des Français « reconnaissants » envers le personnel hospitalier
S’ils se tournent donc de plus en plus vers les urgences, les Français n’y plébiscitent pourtant pas les conditions d’accueil et de soins. Ils sont 41 % à se plaindre d’une attente trop longue, 33 % à déclarer que leur douleur n’a pas été prise en charge de manière adéquate et 28 % à déplorer le manque de communication du personnel soignant. Au total, ils sont 53 % à affirmer qu’eux ou un de leurs proches a subi un retard de prise en charge à l’hôpital et 63 % à craindre de devoir un jour être hospitalisé « au vu de la situation actuelle des hôpitaux ». Les Français n’en tiennent cependant pas rigueur au personnel hospitalier : 95 % d’entre eux se disent « reconnaissants » envers les soignants « qui s'efforcent de maintenir la qualité des soins malgré un contexte difficile ».
Vieillissement de la population, nombre de médecins formés insuffisant pendant des années, inégale répartition des professionnels de santé, difficultés organisationnelles… : les causes de cette dégradation de l’accès aux soins sont connues et multiples. Reste à déterminer quelles solutions peuvent y être apportées. Au-delà de solutions radicales difficilement acceptables pour les médecins comme la suppression de la liberté d’installation, la FHF pense que la solution vient surtout de la formation.
« Il faut former des étudiants dans les disciplines dont on a besoin aujourd’hui » explique ainsi ce mardi sur France Info Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF. « On forme beaucoup d’étudiants, mais ils ne choisissent pas majoritairement de devenir psychiatre, gériatre, gynécologue ou pédiatre. Il faut pour les cinq à dix ans à venir qu’ils soient orientés vers ces spécialités-là ». Elle appelle donc à la mise en place d’«une véritable loi de programmation santé ». A noter que cette année, le nombre de places en internat de dermatologie n’a augmenté que de 11 % et en pédiatrie de 10 %, pendant que le nombre de postes en chirurgie plastique a bondi de 79 %.



