Près de la moitié de la population française est surexposée au cadmium alerte l’Anses. L’agence préconise plusieurs mesures pour réduire cette exposition.
Chose promise chose due. Le mois dernier, lorsqu’elle avait présenté sa dernière étude sur l’exposition alimentaire des Français aux métaux lourds, l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait promis qu’elle publierait « une expertise qui détaillera l’exposition globale de la population au cadmium (…) qui priorisera les actions à mettre en place pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium ». Ce mercredi, l’Anses a dévoilé l’analyse promise avec une conclusion inquiétante : la population française est surexposée au cadmium de manière « préoccupante ».
Métal lourd naturellement présent dans les sols, l’exposition au cadmium peut, à très fortes doses, provoquer de la fièvre et des nausées mais ce type d’intoxications massives ne se rencontre que dans le milieu professionnel et demeure très rares. A plus faible dose, l’exposition environnementale peut favoriser des néphropathies et la fragilité osseuse. Le cadmium pourrait également avoir un rôle cancérogène : en 2021, Santé Publique France (SPF) écrivait que ce métal est « suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas ».
L’alimentation représente 98 % de l’exposition au cadmium chez les non-fumeurs
L’objectif de l’Anses était d’estimer le niveau d’exposition de la population française en cadmium, pour actualiser les données de précédentes études datant de plusieurs années. Pour ce faire, l’Anses a « simulé les imprégnations actuelles de la population française en considérant l’accumulation du cadmium dans l’organisme tout au long de la vie ». Alors que les précédentes études se sont essentiellement concentrées sur l’exposition par l’alimentation, « l’Anses a étudié l’ensemble des sources d’exposition possibles : alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme ».
Les résultats sont sans appel : « une part significative de la population dépasse les valeurs sanitaires de référence élaborées par l’Agence » résume l’Anses. Principale coordinatrice de cette expertise, la toxicologue Géraldine Carne a indiqué lors d’une conférence de presse que « près de la moitié de la population adulte (47,6 %) dépasse les valeurs toxicologiques de référence ». Le niveau d’exposition varie cependant fortement selon l’âge, avec des pics durant la petite enfance et après 60 ans.
Confirmant les études précédentes, l’Anses indique que l’alimentation constitue la principale voie d’exposition de la population au cadmium. Chez les non-fumeurs, elle représente 98 % de l’exposition. « Les aliments les plus contributeurs sont à la fois des produits fréquemment consommés et contaminés par le cadmium, notamment certains produits céréaliers : céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes » indique l’Anses. Le tabac constitue également une source importante d’exposition au cadmium, parfois plus de 40 % chez les fumeurs âgés de 45 à 64 ans.
Ce n’est pas la première fois que des alertes sont émises par les autorités ou des associations sur l’exposition de la population au cadmium. L’an dernier, ce sont tour à tour la conférence nationale des URPS des médecins libéraux puis l’association UFC-Que-Choisir qui se sont inquiétées de la présence de cadmium dans l’alimentation. Des alertes qui avaient été à l’époque quelque peu minimisées par certains médecins, qui rappelaient que le lien entre le cadmium et le cancer du pancréas n’était pas avéré.
Bonne nouvelle : on peut continuer à manger du chocolat !
Pour l’Anses en revanche, il n’y a pas de doute : « si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population ». Selon l’Anses, la principale manière de réduire l’exposition de la population au cadmium est d’agir sur l’agriculture. C’est en effet l’utilisation d’engrais minéraux phosphatés qui augmente la teneur en cadmium dans les sols et in fine dans les produits alimentaires. « Les niveaux français d’exposition au cadmium sont jusqu'à trois ou quatre fois supérieurs à ceux d'autres pays comme la Belgique, l'Angleterre ou l'Italie », sans doute en lien avec « une utilisation plus importante de certains intrants agricoles » commente ainsi Géraldine Carne.
L’Anses appelle donc à mettre en place des valeurs limites réglementaires de teneur en cadmium pour les matières fertilisantes. Une proposition de loi en ce sens a d’ailleurs été déposée à l’Assemblée nationale. L’agence sanitaire appelle également à réfléchir à interdire l’importation d’aliments à forte teneur en cadmium. Sur le plus long terme, l’Anses estime nécessaire de « promouvoir de nouvelles pratiques agricoles », comme « le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium ».
En attendant la mise en place de ces mesures au niveau de la collectivité, l’Anses émet également quelques recommandations aux consommateurs pour les aider à réduire leur exposition à ce métal. Il leur est ainsi conseillé de « limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés, tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits » et d’ « introduire plus de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé comme les pâtes ». En revanche, rien ne prouve que se tourner vers l’alimentation biologique permet de réduire l’exposition au cadmium puisque « certaines matières fertilisantes autorisées en agriculture biologique peuvent aussi contribuer aux apports de cadmium dans les sols ».
Une bonne nouvelle pour finir : contrairement à ce qui a pu parfois être dit, le chocolat « ne fait pas partie des aliments les plus contributeurs en cadmium ». Les gourmands peuvent donc continuer à en manger, avec modération.



