L’exposition alimentaire aux métaux lourds en baisse mais toujours préoccupante

Selon l’Anses, une part importante de la population continue de dépasser le niveau d’exposition recommandé pour certains métaux lourds comme le cadmium, le plomb et le mercure.

A la lecture des premiers résultats de la troisième Etude de l’alimentation totale (EAT 3), publiés ce mercredi par l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), on pourra voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Les optimistes constateront que le niveau de pollution des aliments par certains métaux lourds, comme le plomb, le mercure ou le cadmium, est en diminution par rapport à la deuxième édition de cette étude (EAT 2) à la fin des années 2000. Les pessimistes noteront que « les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population » insiste l’Anses.

Pour mener cette étude, les chercheurs de l’Anses ont analysé plus de 700 échantillons, représentatifs de 90 % du régime alimentaire des Français. Ils y ont recherché plus de 250 substances nocives, ou potentiellement nocives pour la santé. Les premiers résultats publiés ce jeudi concernent uniquement l’exposition à l’acrylamide (un « cancérigène possible » qu’on retrouve notamment dans les frites et les chips) ainsi que celle aux métaux lourds. Les résultats des analyses pour les autres produits polluants seront publiés ultérieurement.

« L’EAT3 montre effectivement unediminution de la concentration (en moyenne) en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments » indique donc Véronique Sirot, l’une des deux coordinatrices de l’étude. « Des augmentations sont tout de même observées dans certains groupes d’aliments. Les concentrations de ces contaminants dans certains légumes augmentent, sans que cela ne remette en cause le bénéfice nutritionnel incontestable de leur consommation » poursuit-elle. 

L’épineuse question de l’exposition au cadmium

Les résultats divergent cependant selon les types de polluants. Pour le mercure, la situation reste inchangée par rapport aux précédentes études : la consommation de poissons et notamment de thon peut certes conduire à une surexposition au mercure, mais elle « présente toutefois un intérêt nutritionnel indéniable » indique Morgane Champion, l’autre coordinatrice de l’étude. « Nous recommandons de consommer deux portions de poissons par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement : ces recommandations limitent le risque de surexposition au méthylmercure » poursuit-elle.

S’agissant du plomb, l’exposition de la population a fortement diminué depuis l’EAT2, entre 27 et 41 % chez les enfants et entre 37 et 49 % chez les adultes. « C’est une bonne nouvelle, on voit ici l’effet des politiques de santé publique en vigueur depuis de nombreuses années, telles que l’interdiction du plomb dans l’essence, dans les canalisations d’eau, les peintures » explique Véronique Sirot. 

L’Anses note également depuis la précédente étude « une diminution des concentrations en moyenneen acrylamide pour les aliments qui étaient les plus contaminés ». « Ces réductions reflèteraient l’efficacité des mesures d’atténuation mises en œuvre par le secteur alimentaire pour diminuer la présence d'acrylamide dans les denrées alimentaires depuis quelques années » commente Morgane Champion, qui estime cependant que « l’exposition des consommateurs reste trop élevée ».

Reste l’épineuse question de l’exposition au cadmium. Présent dans de nombreux aliments (pain, céréales, pomme de terre…) ce métal lourd est « suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas » indiquait en 2021 Santé Publique France (SPF). Selon l’EAT 3, environ un quart des enfants dépasserait la dose journalière jugée préoccupante d’exposition au cadmium. 

Le gouvernement veut que l’on mange moins de viande

A l’Assemblée nationale, les députés écologistes ont déposé une proposition de loi visant à interdire l’utilisation en France d’engrais phosphatés contenant du cadmium, considérés comme la principale source de contamination des aliments par ce métal, proposition qui doit justement être examinée en séance publique ce jeudi. Sans se prononcer sur ce texte, l’Anses indique qu’elle va prochainement publier « une expertise qui détaillera l’exposition globale de la population au cadmium, pas uniquement celle transmise par l’alimentation ». « Ce travail priorisera les actions à mettre en place pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium » poursuit Véronique Sirot. 

Autre hasard du calendrier, les premiers résultats de cette étude de l’Anses sont publiés le jour où le gouvernement révèle sa nouvelle « stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat » (SNANC). Attendue depuis deux ans, cette stratégie se fixe comme objectif « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS (le programme national nutrition santé) » c’est-à-dire « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée ».

Ce terme de « limitation » de la consommation de viande a provoqué des controverses jusqu’au sommet de l’Etat, ce qui explique pourquoi cette nouvelle stratégie alimentaire a mis plus de deux ans à voir le jour. Le ministère de l’Ecologie souhaitait utiliser le terme de « réduction » de la consommation de viande, tandis que Matignon préférait l’expression « consommation de viande équilibrée ». C’est donc la notion jugée plus neutre de « limitation » qui a été retenue. 

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