L'isotrétinoïne prescrite à l'adolescence pour traiter l'acné n'altère pas la taille adulte, selon une large étude danoise. Des résultats rassurants pour les médecins et leurs patients.
L’isotrétinoïne ou acide 13-cis-rétinoïque est utilisée très largement dans le monde pour traiter l’acné modérée à sévère. Parmi ses effets secondaires possibles figure le retentissement sur la croissance osseuse. L’acide rétinoïque régule en effet l’ossification endochondrale par différents mécanismes et les effets de l’exposition à l’isotrétinoïne pendant la croissance demeurent incertains. La question se pose d’autant plus que l’acné se manifeste habituellement avant que la croissance ne soit achevée.
Quelques observations cliniques signalées auprès de la FDA et dans la littérature rapportent une fermeture prématurée de l’épiphyse des os longs ayant touché essentiellement des patients recevant de fortes doses de rétinoïdes systémiques mais parfois également des doses standard.
Quoi qu’il en soit, les preuves sur la réalité et l’impact de ce phénomène au niveau de la population manquent, avec seulement des petites études menées sur le sujet.
Une étude danoise a exploré les effets sur la taille à l’âge adulte d’une prise d’isotrétinoïne en fonction de l’âge au début du traitement et de la posologie. Dans ce pays la conscription militaire est obligatoire pour tous les hommes de 18 ans physiquement aptes, et sur la base du volontariat pour les femmes. A cette occasion ils bénéficient d’un examen de santé complet comportant notamment un questionnaire et des évaluations mentales et physiques dont la mesure de la taille.
Une différence non significative
La cohorte ainsi constituée comprenait 368 338 hommes et 10 858 femmes qui avaient un âge médian de 19 ans au moment de la conscription (18,7 à 20,0 ans) pour les hommes et de 19,2 ans (18,7 à 20,5 ans) pour les femmes. Au total 16 739 hommes (4,5 %) et 278 femmes (2,6 %) avaient reçu de l’isotrétinoïne avant cette conscription, la prévalence augmentant légèrement avec l’année de naissance (de 4,1 % avant 1986 à 5,5 % après 1995).
La taille moyenne à 19 ans était de 180,4 (± 6,7) cm pour les hommes et 168,3cm (± 5,9) pour les femmes.
Comparés au groupe n’ayant pas reçu de traitement pour l’acné, ceux du groupe isotrétinoïne avaient une différence de taille de 0,31 cm (intervalle de confiance à 95 % IC95 0,20-0,41 cm) pour les hommes et de 0,25 cm (IC95 −0,47 à 0,96 cm) pour les femmes, ces chiffres étant inférieurs à une différence considérée comme significative cliniquement. La taille de ceux traités par isotrétinoïne était proche de celle des personnes traitées à long terme par tétracyclines.
On ne constate pas non plus de variation significative selon l'âge de début du traitement par isotrétinoïne. Chez les hommes, la taille était plus faible chez ceux traités avant l'âge de 13 ans (−1,70 cm ; IC95 −3,15 à −0,25 cm) ou à 13 ans (−1,81 cm ; IC95 −2,43 à −1,19 cm) : des différences certes statistiquement significatives, mais bien inférieures au seuil de pertinence clinique prédéfini de 5 cm. Chez les femmes, le petit nombre de participantes concernées rend les estimations imprécises.
De même, il n’est pas observé d’association dose-réponse entre la dose cumulative d’isotrétinoïne reçue avant l’âge de 15 ans et la taille adulte.
Ces observations vont dans le même sens que celles émanant d’une étude de cohorte du Rochester Epidemiology Project comparant 226 patients dont l’acné avait été traitée par isotrétinoïne pendant 3 mois ou plus et 1 179 patients ayant commencé un traitement par tétracycline avant l’âge de 15 ans. Cette étude avait conclu à l'absence de différence significative de taille à l'âge adulte (−0,67 cm ; IC95 −2,21 à 0,87 cm) et à une prévalence comparable de retard de croissance (2,34 % vs 1,28 %), bien que les patients traités par isotrétinoïne aient présenté une vitesse de croissance post-traitement plus faible (−0,12 cm/mois ; IC95 −0,21 à −0,04 ; p = 0,005) et une réduction plus marquée de la vitesse de croissance avant et après l'initiation du traitement (−0,31 cm/mois ; IC95 −0,54 à −0,07 ; p = 0,011), sans répercussion sur la taille finale.
Ainsi, cette étude populationnelle nationale menée auprès de la population générale montre que l'isotrétinoïne prescrite pour traiter l'acné à l'adolescence n’est pas associée à une réduction cliniquement significative de la taille à l'âge adulte y compris en prenant en compte la dose cumulative et l'âge au début du traitement. Ces résultats devraient rassurer les médecins, les patients et leurs familles confrontés à la prise en charge d’une acné modérée à sévère.
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