Le marathon : une épreuve sportive à haut risque cardiovasculaire

Une étude sur 29 millions de marathoniens montre une incidence stable des arrêts cardiaques depuis 25 ans malgré un engouement croissant, et une mortalité réduite de moitié, signes des progrès de la prise en charge. Une évaluation cardiovasculaire préalable reste indispensable avant toute participation.

Le marathon et le semi-marathon font de plus en plus d’adeptes. Ainsi, rien qu’aux Etats-Unis, ces épreuves sportives ont réuni, entre 2010 et 2023, plus de 29 millions de participants, soit trois fois plus qu’entre 2000 et 2009.

Certes, il ne s’agit pas à proprement parler d’activités qui relèvent des sports extrêmes, mais il est clair qu’elles mettent le cœur à rude épreuve et qu’il vaut mieux d’être dans une bonne condition cardiovasculaire avant de prendre le départ. Le risque d’arrêt cardiorespiratoire en dépend, mais quel est-il réellement ?

Quel est son pronostic dans le contexte médicalisé de ces épreuves ? Quels sont les facteurs de risque ? L’augmentation considérable du nombre de participants en un peu plus d’une dizaine d’années a-t-il changé la donne ?

Autant de questions d’actualité auxquelles répond une étude d’observation récente dont les résultats ont été présentés au congrès de l’ACC 2025 et publiés en ligne dans le JAMA.

Plus de 29 millions de participants

Plusieurs séries de cas d’arrêt cardiorespiratoire survenus au cours des marathons et des semi-marathons récents ont été colligées à partir du registre RACER (Race Associated Cardiac Event Registry) et de diverses cohortes constituées entre 2010-2023.

Ont été également pris en compte les cas rapportés dans les médias, les contacts avec les organisateurs de ces courses et les interviews des survivants ou de leurs parents les plus proches.

Par ailleurs des données recueillies entre 2000 et 2009 ont également été prises en compte afin d’analyser l’évolution temporelle de l’incidence des arrêts cardiaques. 

Au total, entre 2010 et 2023, 176 arrêts cardiaques ont été dénombrés chez 29 millions de participants à des courses longue distance aux Etats-Unis, soit une incidence de 0,60 pour 100 000. Celle-ci n’a pas augmenté par rapport à 2000-2009 (0,54 versus 0,60 pour 100 000).

En revanche, la mortalité a nettement diminué entre ces deux périodes, passant de 0,39 à 0,20 pour 100 000 et il en a été de même pour le taux de létalité, les chiffres correspondants étant respectivement de 71% et 34%. 

Les hommes ont été près de dix fois plus touchés que les femmes, avec une incidence de 1,12 et 0, 19 pour 100 000, respectivement. La distance parcourue est un autre facteur de risque, le marathon étant plus risqué que le semi-marathon (1,04 versus 0,47 pour 100 000).

La maladie coronarienne est en cause dans 52 % des cas, loin devant la cardiomyopathie hypertrophique désormais plus rare. Les arrêts cardiorespiratoires surviennent souvent dans le dernier quart de la course qui est, de fait, une période au cours de laquelle le coureur accentue son effort. 

La survie dépend de plusieurs facteurs qui n’ont rien de surprenant : rapidité de la mise en œuvre de la réanimation cardiorespiratoire, tracé ECG initial d’arythmie ventriculaire, ou encore accès rapide à un défibrillateur.

Entre 2000-2009 et 2010-2023, des progrès ont été accomplis dans la prise en charge de l’arrêt cardiorespiratoire, le taux de survie étant passé de 29 % à 66 %. Parmi les cas autopsiés, l’on retrouve le plus souvent une athéromatose coronarienne ou une fibrose myocardique, plus rarement des lésions orientant vers une affection génétique. 

Une incidence stable, une mortalité en baisse

Cette étude transversale porte sur une population de près de 30 millions de marathoniens ou semi-marathoniens. Elle permet de chiffrer avec une bonne précision l’incidence des arrêts cardiorespiratoires survenus entre 2010 et 2023.

Par rapport à la décennie, cette dernière est restée stable, mais la mortalité qui leur imputable a été divisée par deux, ce qui témoigne des efforts accomplis pour optimiser la prise en charge de ces urgences absolues. La vigilance doit cependant rester de mise, face à l’engouement croissant pour de telles épreuves sportives à un échelon mondial.

La santé cardiovasculaire des participants mérite d’être évaluée avec soin avant de les autoriser à se lancer dans une course qui donne potentiellement le feu vert à l’expression clinique de la maladie coronarienne (et d’autres cardiopathies latentes), notamment chez les hommes. 

Références

Commenter

Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

TOP PICKS FOR YOU