Le miracle de Saint Didier

« Jésus cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! ». Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d'un linge ». Ainsi est relaté par l’Evangile selon Saint Jean le miracle de Saint Lazare, censé être revenu d’entre les morts par la volonté du Christ quatre jours après son décès. Si l’on vous laisse libre de croire ou non la véracité de ce cas clinique évangélique, une « résurrection » bien réelle a eu lieu plus de 2 000 ans plus tard, le 23 avril 2026 précisément, au CHU de Rennes.

Ce jour-là, Didier Lelievre, 62 ans (qui sera peut-être un jour connu sous le nom de Saint Didier), se rend à l’hôpital pour réaliser une de ses trois séances de dialyse hebdomadaire. Depuis plusieurs années, le sexagénaire bénéficie à la suite d’un cancer. Durant la dialyse, le patient est victime d’un arrêt cardiaque. Pendant 40 minutes, les médecins sur place vont tenter de le réanimer. Sans succès. Son électrocardiogramme révèle une asystolie. L’équipe médicale prononce le décès du patient : Didier Lellievre est mort à 62 ans.

Intervention divine ou erreur de diagnostic ?

Sa famille est prévenue de la triste nouvelle. Mais quelques heures plus tard, les proches éplorés de Didier reçoivent un nouvel appel. « L’infirmière m’a dit qu’on avait retrouvé un pouls et que Monsieur Lelievre n’était plus décédé » raconte à TF1 la nièce du presque défunt, Allison Grimault. « J'ai dit "pardon ? Vous êtes en train de nous dire que du coup il a ressuscité ?" Elle me dit "oui, oui, c'est un miracle mais monsieur Lelievre n'est plus décédé" ».

Plusieurs heures après que Didier Lelievre a été déclaré mort, son cœur est donc « reparti » tout seul, suffisamment en tout cas pour que son pouls soit de nouveau perceptible. Placé en coma artificiel et transféré dans le service de soins intensifs cardiorespiratoires du CHU de Rennes, le patient s’est finalement totalement remis de son « décès » et a pu sortir de l’hôpital quelques jours plus tard, sans présenter la moindre séquelle. « J’ai eu beaucoup de chance » témoigne le miraculé auprès de France info, évoquant une « intervention divine ». 

A priori, ni Dieu, ni aucune autre puissance surnaturelle n’est intervenue pour sauver Didier Lellievre, qui n’est en réalité pas vraiment ressuscité. « Dans les faits, cette personne n'est jamais morte, à aucun moment » explique ainsi pour TFI le Pr Bruno Megarbane, chef du service de réanimation de l’hôpital Lariboisière à Paris. « Pendant cette période, la perfusion sanguine, notamment cérébrale, mais probablement aussi de l'ensemble des organes y compris du cœur, ne s'est jamais arrêtée. Elle était extrêmement faible, difficile à détecter, mais elle ne s'est jamais arrêtée ». « Si on prononce le diagnostic de mort un peu trop vite, qu’il n'y a pas de pouls et que le patient ne respire pas au moment où on le voit, on peut se retrouver avec ce genre de surprise » abonde dans le même sens le Pr Jean-Michel Constantin, chef du service de réanimation de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Seulement 76 cas de résurrections en 40 ans

Depuis une étude sur le sujet publiée en 1993, on appelle « syndrome de Lazare » ces cas d’ «auto-résurrection », où un patient déclaré mort « reprend vie » sans explications claires. Avant l’émergence de la médecine moderne, les cas de morts déclarées à tort étaient relativement fréquents et la crainte d’être enterré vivant par erreur constituait l’une des grandes terreurs des hommes de l’ère préindustrielle (on enterrait parfois les morts dans des cercueils spéciaux, leur permettant d’alerter la surface s’ils venaient à se réveiller !). Mais depuis l’apparition de l’électrocardiogramme et de l’encéphalogramme, qui permettent de valider scientifiquement la mort des individus, les cas de « résurrection » sont bien plus rares.

Dans une revue de la littérature publiée en 2023, des chercheurs polonais ont ainsi recensé seulement 76 cas de syndrome de Lazare rapportés entre 1982 et 2023. Les cas d’auto-ressuscitation peuvent survenir à tout âge : en 2018, un homme de 97 ans déclaré mort à la suite d’une fibrillation ventriculaire et que les médecins n’avaient pas tenté de réanimer a finalement vécu 20 heures de plus. Les patients reviennent à la vie en général quelques minutes après avoir été déclaré mort, mais en 2017, un homme de 69 ans est « revenu à la vie » 3 heures après son décès (le record de 4 jours de Saint-Lazare semble donc être difficile à battre).

Dans la grande majorité des cas, les miraculés finissent par décéder, définitivement cette fois, dans les jours voire dans les heures suivant leur résurrection. L’étude de 2023 recense cependant au moins six cas de résurrection parfaite, où le patient a pu reprendre sa vie sans souffrir de séquelles neurologiques. En 2010, une femme de 84 ans déclarée morte après que les médecins n’avaient pas réussi à la réanimer (malgré quatre défibrillations) s’est mise à respirer spontanément cinq minutes après son supposé décès. Quelques jours plus tard, elle a pu revenir chez elle sans présenter la moindre séquelle neurologique.

Selon les auteurs de cette revue de la littérature, la principale conclusion à tirer de ces cas exceptionnels n’est pas l’existence de Dieu mais plutôt qu’il ne faut pas conclure trop vite au décès du patient. Ils recommandent donc de continuer à surveiller les patients avec un ECG pendant au moins 10 minutes après la fin des tentatives de réanimation. « Ce qu'il faut intégrer, c'est que la mort, c'est un passage de l'état de vivant à l'état de mort qui peut prendre un peu de temps, ça peut prendre 5, 10, 15 minutes, donc le conseil qu'on peut donner aux plus jeunes médecins, c'est qu'il faut attendre avant de donner le diagnostic de mort » abonde dans le même sens le Pr Constantin.

Mais vous pouvez toujours lancer une nouvelle religion à la place.

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