Une analyse de l'essai CORDIOPREV montre que les neutrophiles seraient associés à la progression de l'athérosclérose. Un régime méditerranéen pourrait réduire les neutrophiles et l'inflammation, stabilisant la progression de l’athérosclérose, et ouvrant une nouvelle piste de prévention.
L’athérosclérose est l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans les pays développés. Si le rôle central de l’inflammation dans sa progression est désormais bien établi (1), l’implication spécifique des polynucléaires neutrophiles reste encore mal comprise.
Une étude ancillaire de l’essai CORDIOPREV, récemment publiée dans l’European Heart Journal (2), a exploré l’association entre le nombre de neutrophiles et l’épaisseur de l’intima-média carotidienne (EIM), un marqueur d’athérosclérose, et l’influence éventuelle du régime alimentaire sur cette association.
1000 patients inclus dans un essai de prévention secondaire à long terme
Cette étude de prévention secondaire a suivi 1002 patients atteints de maladies coronariennes sur une période de sept ans. Les participants ont été randomisés entre deux groupes de régimes alimentaires : soit un régime méditerranéen, riche en acides gras monoinsaturés, fruits, légumes et poisson, soit un régime pauvre en graisses, privilégiant les glucides complexes et limitant les lipides saturés.
L’objectif était d’évaluer si ces habitudes alimentaires pouvaient influencer la progression de l’athérosclérose en modulant l’inflammation via les neutrophiles.
Dès l’inclusion, les patients présentant le taux de neutrophiles le plus élevé (troisième tertile) avaient une EIM plus importante et davantage de plaques carotidiennes que ceux dont les neutrophiles étaient situés dans le premier tertile (p < 0,001 et p < 0,05, respectivement).
Les analyses de régression logistique ont confirmé cette association. Une numération des neutrophiles, un rapport neutrophiles/érythrocytes et un rapport neutrophiles/HDL élevés étaient associés à une probabilité accrue d'avoir une EIM élevée (> 0,9 mm) (OR 1,17 [IC à 95 % 1,04-1,35], OR 2,21 [1,24-4,12] et OR 1,96 [1,09-3,55], respectivement), après ajustement pour toutes les variables, ce qui a été corroboré par une régression linéaire. Ces résultats suggèrent que les neutrophiles pourraient être un marqueur de risque cardiovasculaire.
Régime méditerranéen et neutrophiles
Au cours des 7 années de suivi, l’augmentation du nombre de neutrophiles a été associée à une augmentation de l’EIM après ajustement pour toutes les variables.
En revanche, chez les patients ayant suivi le régime méditerranéen et présentant une diminution de l’EIM, une réduction significative du nombre de neutrophiles a été observée à 7 ans, suggérant que le régime méditerranéen pourrait avoir un effet protecteur en modulant l’inflammation liée aux neutrophiles mais aussi que les neutrophiles pourraient être une cible thérapeutique pour prévenir l’athérosclérose.
Ainsi, le régime méditerranéen, riche en antioxydants et en acides gras monoinsaturés, semble contribuer à la réduction des neutrophiles et à la stabilisation des plaques carotidiennes, offrant une piste alimentaire potentiellement efficace contre l’évolution de l’athérosclérose.
Cependant, l’étude présente certaines limites. D’une part, l’EIM est un critère discutable d’évaluation de l’athérosclérose, et d’autre part, près de 22 % des patients ont abandonné le régime au cours du suivi.
En conclusion cette étude conforte l’idée qu’une alimentation adaptée pourrait renforcer l’efficacité des traitements médicamenteux contre l’athérosclérose. Elle souligne aussi la nécessité de mieux comprendre le rôle des neutrophiles dans l’inflammation chronique et l’évolution des maladies cardiovasculaires, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux travaux de recherche.


