Selon la dernière enquête de la FHF, les dernières années ont notamment été marquées par une hausse spectaculaire des tentatives de suicide chez les adolescentes.
Certains l’attribuent aux suites de l’épidémie de covid, d’autres aux réseaux sociaux, d’autres encore au climat anxiogène (crise climatique, guerres, tensions religieuses et identitaires…) dans lequel nos sociétés évoluent. Quelle qu’en soit la cause, la crise de la santé mentale qui touche la jeunesse française et plus globalement les jeunes occidentaux parait indéniable. Ces dernières années, les études illustrant cette dégradation de la santé psychique des plus jeunes se sont multipliées. La dernière en date, publiée par la Fédération hospitalière de France (FHF) ce mercredi et menée en collaboration avec l’Ipsos, est particulièrement inquiétante.
Selon cette étude, 42 % des 18 à 24 ans interrogés et 38 % des 25-34 ans présentent, lorsqu’ils passent le test GAD-71, un score évocateur d’un trouble anxieux généralisé, contre 25 % dans la population adulte générale. Une dégradation de la santé mentale qui se répercute au niveau de l’activité des hôpitaux psychiatriques : entre 2016 et 2024, la file active des établissements psychiatriques publics a progressé de 200 000 patients. Les jeunes femmes sont les plus concernées par cette hausse : les prises en charge hospitalières (en hospitalisation ou en ambulatoire) ont augmenté, depuis 2019, de 23 % chez les filles âgées de 10 à 14 ans, de 47 % chez les 15-19 ans et de 49 % chez les 20-24 ans.
Hausse spectaculaire des tentatives de suicide chez les adolescentes
Dans les cas extrêmes, les patients peuvent tenter de se donner la mort. Les hospitalisations pour tentative de suicide ont ainsi bondi de 16,6 % ces cinq dernières années, tous âges confondus. Les deux-tiers de ces hospitalisations concernent des femmes et elles ont augmenté de 25,4 % chez les femmes contre seulement 2,5 % chez les hommes (rappelons cependant que les trois-quarts des décès par suicide concernent des hommes). Là encore, les jeunes femmes sont plus touchées que les hommes par cette dégradation de la santé mentale : en cinq ans, les hospitalisations pour tentative de suicide ont bondi de 118 % chez les filles de 10 à 14 ans et de 76 % chez les 20-24 ans.
Un déficit de soignants face à la vague de patients
Cette dégradation de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes intervient dans un contexte où les services hospitaliers psychiatriques sont en grande difficulté. « On a 40 % de postes vacants chez les psychiatres à l’hôpital public, et un tiers de pédopsychiatres en moins depuis 2012 » explique Arnaud Robinet, président de la FHF. Ce sont ainsi 64 % des jeunes de 18 à 24 ans présentant des problèmes de santé mentale qui disent avoir été confrontés à des délais excessifs pour consulter un psychiatre (45 % dans la population générale), dont 52 % qui n’ont pas réussi à obtenir un rendez-vous (38 % dans la population générale).
L’enquête de la FHF montre également que la stigmatisation attachée à la maladie mentale persiste dans la population et notamment chez les jeunes : 75 % des 18-24 ans ayant des problèmes de santé mentale disent ainsi craindre ce qu’un psychiatre pourrait leur révéler (42 % dans la population générale).
La grande cause nationale n’aurait rien changé
« À force de détourner le regard de la santé mentale, nous faisons le lit d'une crise de santé publique sans précédent, en particulier au détriment des jeunes et des femmes » alerte Arnaud Robinet, qui parle d’une « crise de santé publique majeure et silencieuse ». Le maire de Reims déplore notamment l’inaction du gouvernement face à cette situation, alors même que la santé mentale a été décrétée grande cause nationale en 2025 et 2026. « Derrière les mots, il n’y a pas de moyens » regrette-t-il. « Nous sommes aujourd'hui au mois d’avril et rien ne s'est passé depuis un an et demi.Il est urgent que la grande cause nationale pour la santé mentale se traduise par des engagements concrets, durables et financés ».
La FHF demande donc la mise en place d’un « plan d’urgence pour la santé mentale et la psychiatrie ». Parmi les mesures appelées de ses vœux, on retrouve la création d’une délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie dotée d’un plan pluriannuel, le renforcement des centres médico-psychologiques (CMP), une lutte accrue contre la crise des vocations en psychiatrie etc.
Concernant plus particulièrement les jeunes, la FHF préconise le renforcement des équipes pluridisciplinaires pour les 16-25 ans, la multiplication des maisons des adolescents ainsi que la consolidation des liens entre l’école, les services sociaux et l’hôpital, le tout avec un accent mis sur la prévention et le repérage précoce des troubles psychiatriques.
« Ces données exigent une mobilisation nationale immédiate » plaide la FHF. « Derrière chaque chiffre, ce sont des enfants, des adolescents et des jeunes en grande détresse que les équipes hospitalières accueillent chaque jour, en ambulatoire comme en hospitalisation complète, malgré des moyens insuffisants. La situation est grave. Ne laissons pas notre jeunesse, en particulier les jeunes filles, sombrer dans une souffrance silencieuse ».



