Les patients citent l’oubli ou la fatigue comme principale raison de l’arrêt ponctuel de leur traitement.
Le vieillissement de la population et le développement de thérapies contre les maladies chroniques ont rendu la prise de médicaments au long cours de plus en plus fréquente. Ce sont ainsi 50 % des Français qui déclarent suivre un traitement médicamenteux régulier, dont 38 % depuis plus de 6 mois et 31 % à vie, selon un sondage Opinion Way réalisé pour le compte du salon de l’innovation en santé MedInTechs qui aura lieu en mars prochain. La prise régulière de médicaments ne concerne d’ailleurs pas que les personnes âgées : 13 % des patients qui sont sous traitement de longue durée ont moins de 35 ans.
Les organisateurs du salon MedInTechs ont voulu mieux comprendre l’observance des malades chroniques et ce qui peut les pousser à ne pas suivre le traitement qui leur a été prescrit. Selon le sondage, 42 % des personnes ayant un traitement au long cours l’ont interrompu pour au moins une prise sur les douze derniers mois, ce qui confirme que l’inobservance médicamenteuse est un phénomène fréquent. Les jeunes (81 % des moins de 35 ans ont déjà interrompu leur traitement) sont moins observants que les personnes âgées (24 % d’interruption chez les plus de 65 ans) et les hommes (39 % d’oubli) plus observants que les femmes (45 % d’oubli).
L’interruption de traitement, plus un oubli qu’un refus de soin
Lorsqu’on interroge ces patients sur les causes de cette interruption de leur traitement, 64 % indiquent qu’ils ont simplement oublié une prise. Ils sont également 19 % à avoir le sentiment que ne pas prendre une prise de temps en temps n’est pas très grave et 12 % à indiquer que leurs symptômes ont diminué. Plus inquiétant, mais heureusement plus rare, 10 % justifient l’interruption de leur traitement par la crainte d’effets secondaires et 7 % par la fatigue liée à la prise régulière de médicaments.
« Quand un patient décroche de son traitement, ce n’est pas un refus de se soigner. C’est souvent le signe que le traitement devient difficile à faire tenir dans la vie quotidienne. Comprendre ces moments de décrochage est essentiel pour mieux accompagner les patients » analyse le Pr Gérard Friedlander, membre du comité scientifique de MedInTechs.
A cet égard, le sondage réalisé par Opinion Way indique que, pour beaucoup de patients, la prise régulière d’un médicament peut devenir un élément important de leur quotidien et même parfois une source d’angoisse. Ils sont ainsi 68 %, parmi ceux qui prennent un traitement au long cours, à se dire fatigués par le fait de devoir suivre le traitement dans la durée. 64 % déclarent avoir senti de la culpabilité après avoir oublié de prendre leur médicament et 40 % ont l’impression que le suivi de leur traitement structure leur journée. Ces sentiments de fatigue et d’angoisse sont bien plus présents chez les patientes que chez les patients révèle le sondage.
42 % des patients doutent de l’utilité de leur traitement
Plus inquiétant, 42 % des patients disent « douter de l’utilité réelle de leur traitement, même si leur médecin dit qu’il est indispensable » et la moitié d’entre eux adaptent son traitement (en modifiant les doses ou l’espacement entre les prises) sans en informer leur médecin.
Une fois que les causes de l’inobservance médicamenteuse sont identifiées, encore faut-il trouver des solutions pour la faire diminuer. Sur le plan pratique, 28 % des patients indiquent utiliser un pilulier, de loin la méthode la plus prisée par les patients, devant les rappels sur le téléphone (12 %), l’aide d’un proche (6 %) ou des applications santé dédiées (4 %). Les deux tiers des patients qui ont déjà oublié une prise estiment que des traitements plus simples à suivre faciliteraient leur quotidien, mais ce n’est évidemment pas toujours possible.
Pour le Pr Friedlander, une meilleure observance médicamenteuse passe avant tout par un renforcement de l’éducation thérapeutique des patients. « Parfois, les patients ne comprennent pas, ou insuffisamment, l’enjeu de bien prendre leur traitement, et la première chose qu’ils font quand ils sortent de chez le médecin est d’aller demander des explications au pharmacien » explique l’ancien doyen de la faculté de médecine Paris Descartes. « Le médecin n’est pas le seul interlocuteur. Il faut avoir recours à l’éducation thérapeutique ou à l’aide psychologique ».
Mais des solutions purement pratiques, comme des boîtes de médicaments plus lisibles, indiquant clairement quand et comment prendre le médicament, pourraient également contribuer à l’observance. « Nous avons tous une responsabilité en ce domaine » conclut le Pr Friedlander.


