Parkinson et troubles du contrôle des impulsions : la sérotonine suspectée

Une étude TEP montre que les troubles du contrôle des impulsions chez les parkinsoniens ne résultent pas uniquement d'un dysfonctionnement dopaminergique, mais aussi d'une dysrégulation sérotoninergique des circuits moteurs et associatifs.

Les troubles du contrôle des impulsions (TCI) (jeux pathologiques, achats compulsifs, hypersexualité, accès d’hyperphagie etc.) sont fréquemment constatés chez les patients atteints d’une maladie de Parkinson idiopathique (MPI), notamment en cas de traitement par les agonistes dopaminergiques. Cela étant, il semble bien que la voie de la dopamine ne soit la seule à être impliquée dans la pathogénie des TCI dans un tel contexte. La sérotonine, neurotransmetteur qui module l’inhibition comportementale tout autant que la prise de décision raisonnée, aurait son mot à dire. Comment fonctionnent les voies sérotoninergiques chez les parkinsoniens quand surviennent des TCI ? L’imagerie cérébrale permet-elle d’objectiver leur dysfonctionnement ? Ce dernier mérite-t-il d’être pris en compte sur un plan thérapeutique ? 

Une petite étude transversale : 45 participants 

Une petite étude transversale du type cas-témoins apporte des éléments de réponse à ces questions. Ont été inclus 45 participants répartis en trois groupes : (1) MPI avec TCI (n = 15) (MPI/TCI+) ; (2) MPI sans TCI (n = 15) (MPI/TCI-); (3) témoins (n = 15). 

Les voies sérotoninergiques ont été étudiées dans tous les cas au moyen de la tomographie par émission de positons (TEP), deux radiopharmaceutiques étant utilisés lors d’explorations séparées mais proches dans le temps : le ¹¹C‑DASB (transporteur présynaptique de la sérotonine) et la ¹⁸F‑altanserine (marqueur du récepteur 5‑HT₂ A postsynaptique). 

Le DASB (N,N-Dimethyl-2-(2-amino-4-cyanophenylthio)benzylamine) marqué au carbone 11 (¹¹C-DASB) est actuellement le radiotraceur considéré comme le gold standard dans l’exploration du système sérotoninergique présynaptique par TEP. La ¹⁸F‑altansérine, pour sa part, explore la voie sérotoninergique sur son versant postsynaptique : sans être un traceur de référence, elle n’en est pas moins appréciée en recherche clinique, la demi-vie physique du fluor 18 de 110 minutes étant moins contraignante que celle du carbone 11, de l’ordre de 20 minutes. La logistique des explorations s’en trouve considérablement améliorée, une demi-vie trop brève transformant l’opération en course contre la montre. 

Une dysrégulation du système sérotoninergique 

La comparaison intergroupe des données de l’imagerie TEP avec double marquage révèle que dans le groupe MPI-TCI+, la liaison du ¹¹C‑DASB est plus élevée dans le putamen postérieur et le pallidum, en comparaison avec le groupe MPI/TCI-. Un résultat qui plaide en faveur du maintien du tonus sérotoninergique dans les circuits moteurs sensoriels, malgré la dégénérescence globale typique de la MPI.

Par ailleurs, l’imagerie TEP par ¹⁸F‑altanserine révèle que, dans le même groupe (MPI/TCI+), la fixation de ce traceur est augmentée dans plusieurs régions cérébrales associées à l’inhibition motrice et cognitive, qu’il s’agisse de l’aire motrice supplémentaire, du gyrus précentral ou encore du cortex préfrontal dorsolatéral droit. Un résultat qui plaide en faveur d’un dysfonctionnement sérotoninergique post-synaptique compensateur ou inadapté. 

Par ailleurs, une corrélation neuro-anatomique entre la topographie de la dysfonction sérotoninergique et les sous-types de TCI en termes d’impulsivité d’action (circuits sensorimoteurs) et de décision (circuits associatifs frontostriataux) est mise en évidence. 

Le rôle pathogénique de la sérotonine dans la maladie de Parkinson : à évaluer et réévaluer 

Cette étude d’imagerie élégante qui repose entièrement sur la TEP est la première à fournir la preuve directe d’une implication du système sérotoninergique dans la pathogénie des troubles du contrôle des impulsions associés à la maladie de Parkinson idiopathique. Ces troubles ne résultent pas uniquement d’une dysrégulation dopaminergique limbique, mais aussi d’un dysfonctionnement sérotoninergique impliquant les circuits moteurs et associatifs. Des résultats qui permettent aussi de se remémorer que la MPI ne se résume pas à une atteinte des voies dopaminergiques présynaptiques. Les neurones sérotoninergiques subissent une dégénérescence qui précède de longue date celle de leurs homologues dopaminergiques et s’accompagne de nombreux signes non moteurs et non spécifiques de cette maladie neurodégénérative. Le rôle de la voie sérotoninergique dans l’atteinte ultérieure des voies dopaminergiques fait partie des hypothèses pathogéniques actuelles qui laissent à penser que la maladie de Parkinson pourrait bien relever en partie et en primum movens d’un dysfonctionnement sérotoninergique inaugural, a fortiori quand il existe un TCI, syndrome qui peut faire partie des manifestations non motrices de la maladie. Les perspectives thérapeutiques se dessinent progressivement, même si elles apparaissent encore bien lointaines, face aux difficultés rencontrées pour diagnostiquer précocement les formes non motrices de la MPI.

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