La ministre a appelé les services de psychiatrie hospitalière à se passer totalement de cette méthode controversée, même si certains psychiatres la défendent encore.
Bien que l'année 2026 ait été (comme 2025) décrétée année de la santé mentale et alors qu'elle a pourtant débuté depuis plus de cinq mois, les déclarations et les propositions du gouvernement sur ce sujet ont été très rares, pour ne pas dire inexistantes. Cette journée du 2 juin, où la ministre de la Santé Stéphanie Rist et celui de l’Education nationale Edouard Geffray ont annoncé, à la sortie d’une réunion interministérielle, plusieurs mesures pour améliorer l’accès aux soins psychiatriques (notamment chez les jeunes) et réformer la prise en charge était donc attendue de pied ferme par les patients, leurs proches et les soignants.
Dans ses annonces, la ministre de la Santé a notamment décidé de s’attaquer à un sujet particulièrement sensible : celui de la contention des patients hospitalisés en psychiatrie. « On sait que la contention est très traumatisante pour les familles et pour les patients. Nous devons avoir cette volonté politique forte, que dans notre pays, il n'y ait plus de contention en 2030. Nous devons aller vers le zéro contention en 2030 » a ainsi déclaré la rhumatologue ce mardi matin sur France info.
Sans être totalement explicite sur les moyens qu’elle comptait allouer à cet objectif, la ministre a surtout évoqué la nécessité d’un changement de mentalité au sein de la psychiatrie française, plutôt qu’une abrogation pure et simple de la contention. « Ça prend du temps. Évidemment, ce n'est pas du jour au lendemain, mais nous devons avoir cet engagement collectif, cela relève de la dignité humaine » a-t-elle plaidé.
« La contention est un soin souvent indispensable » défend un psychiatre
Conscient que les finances du système de santé français sont gravement dans le rouge, la ministre préfère rappeler que, pour réduire la contention, il ne suffit pas d’augmenter les moyens humains. « Ce n'est pas uniquement plus de professionnels » explique-t-elle.« Il faut un nombre de professionnels adaptés, il faut des locaux adaptés et il faut surtout une formation de toute l'équipe de l'aide-soignante au médecin ». La ministre estime l’objectif atteignable. « Un établissement sur dix en France est engagé dans ce zéro contention, que ce soit à Marseille, à Bordeaux, à Lyon » a ainsi plaidé la ministre. « Il y a des pays, la Norvège, l'Espagne, qui sont à plus de 90% de diminution de leur contention ».
Méthode cruelle héritée d’une médecine d’un autre âge pour les uns, nécessité thérapeutique et sécuritaire pour les autres, la contention fait l’objet de vifs débats au sein de la psychiatrie française depuis plusieurs années. Certains psychiatres, comme le Dr Matthieu Bellahsen, ont ainsi fait de l’abolition de la contention l’un de leur cheval de bataille. La loi a d’ailleurs évolué sur le sujet : depuis 2021, toute mesure de contention doit être validée par un juge dans un délai de 48 heures (une règle qui n’est semble-t-il que très imparfaitement respectée) et la contention est désormais qualifiée de « pratique de dernier recours ».
Mais pour certains psychiatres, ce rejet de la contention est totalement hypocrite. « C’est déconnecté de la réalité » nous confie un psychiatre parisien exerçant à l’hôpital Sainte-Anne. « Ceux qui sont le plus contre la contention sont souvent ceux qui ne travaillent pas en unité fermée ou qui s’arrangent pour transférer leurs patients les plus sévères dans d’autres unités. La contention est un soin souvent indispensable. Interdire totalement la contention conduirait à une mise en danger inacceptable des patients et des soignants. Il ne s’agit pas de dire que la contention c’est merveilleux » poursuit le psychiatre. « Mais quand le patient casse tout devant vous, il faut bien l’empêcher de se blesser et de blesser les autres. Ce serait complètement maltraitant de ne pas l’attacher ». S’il reconnait qu’une augmentation des moyens humains permettrait sans doute de réduire le recours à la contention, il estime qu’il est « illusoire de penser que ne c’est qu’une question de moyen ». « Quand bien même vous auriez tout le personnel possible, il est obligatoire d’attacher à certains moments ».
Un système de coupe-file pour permettre aux jeunes de consulter un psychiatre
La ministre de la Santé a également évoqué la question bien plus consensuelle de l’accès aux soins psychiatriques, notamment pour les jeunes. Alors que ces dernières années, les alertes sur la dégradation de la santé mentale des jeunes se sont multipliées, Stéphanie Rist a indiqué que le gouvernement allait mettre en place un système de « coupe-file » pour permettre aux enfants qui semblent présenter un trouble de santé mentale d’obtenir un rendez-vous rapidement.
Dans le détail, lorsqu’un médecin ou une infirmière scolaire détectera une situation à risque chez un élève, il pourra contacter le SAMU pour obtenir un rendez-vous en urgence chez un psychiatre ou un psychologue. « Il y aura une organisation, sur le territoire, des professionnels de santé entre eux qui permettra d'avoir un rendez-vous dans les 24-48 heures » promet la ministre. « En s'organisant différemment, on arrive à libérer des créneaux pour de l'urgence ».
Un dispositif dont l’efficacité risque de se heurter au manque de médecins et infirmiers scolaires et à la pénurie de pédopsychiatres. « On a doublé le nombre de psychologues depuis 2020, on a augmenté de presque 10% le nombre de psychiatres formés et nous continuons évidemment à augmenter le nombre de médecins formés » tente de rassurer la ministre. Le SNICS-FSU, principal syndicat des infirmières scolaires, ne cache cependant pas sa perplexité. « Il y a eu un effort de créations de postes qui vont apparaître à la rentrée, mais il reste encore 15 200 postes à créer pour répondre réellement aux besoins des élèves et des étudiants » explique pour France info Violaine Mengin, secrétaire générale adjointe du syndicat.
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