La « médicalisation » des mutilations génitales féminines (MGF) fait référence aux situations où elles sont pratiquées par n'importe quelle catégorie de personnels de santé, que ce soit dans des établissements de santé privés ou public, mais aussi à domicile ou ailleurs. L ’OMS vient de publier de nouvelles recommandations pour mettre fin à l ’augmentation des MGF médicalisées et soutenir les femmes qui en ont été des victimes.
Principalement pratiquées sur des nourrissons et jeunes filles avant leur puberté, les mutilations génitales féminines (MGF) sont tous les actes qui impliquent de couper ou d'enlever une partie ou la totalité des organes génitaux féminins externes, sans raison médicale. Les MGF peuvent entrainer de graves dommages physiques et psychologiques immédiats et à long terme, y compris une infection, des complications ultérieures à la gestation et un trouble de stress post-traumatique (1). Certes des progrès importants ont été réalisés. Les données montrent que moyennant un engagement politique et un soutien approprié, il est possible de limiter, voire de mettre fin aux MGF. Ainsi, au Burkina Faso, en Sierra Leone et en Éthiopie, on a constaté un recul de la prévalence des MGF de 50 %, 35 % et 30 %, respectivement, au cours des 30 dernières années grâce à l ’action collective et à l ’engagement politique pour faire respecter les interdictions et accélérer la prévention. Depuis 1990, la probabilité qu ’une fille subisse des mutilations génitales a été divisée par trois. Cependant, les MGF restent fréquentes dans une trentaine de pays à travers le monde, et on estime que, chaque année, quatre millions de jeunes filles restent exposées à ce risque (2).
Efficacité d’un programme de formation et de prévention des MGF
En 2022, l’OMS avait publié un programme de formation sur la prévention des MGF pour les travailleurs de la santé des soins primaires afin de renforcer leurs connaissances sur la pratique et ses risques. Le programme comprenait des méthodes d'enseignement interactives telles que la narration, les discussions de groupe, les exercices de clarification des valeurs et le développement des compétences en communication, le tout en tenant compte des contextes culturels locaux.
Une étude, publiée dans BMJ Open en 2024 a évalué l'efficacité de cette approche (3). Elle a été déployée dans 180 cliniques de soins prénatals en Guinée, au Kenya et en Somalie, pays sélectionnés en raison de leur forte prévalence nationale des MGF. Chaque clinique a reçu des conseils généraux et du matériel sur la prévention et les soins pour les victimes de MGF, tandis que la moitié a été assignée au hasard pour recevoir la formation en communication de l’OMS. Une évaluation a été faite trois mois après ; les travailleurs de la santé qui ont reçu la formation étaient plus susceptibles de poser des questions sur le statut et les croyances de la population en matière de MGF, ainsi que de discuter pourquoi ou comment elle devrait être évitée. Les parents qui avaient suivi la formation avaient moins l'intention de faire subir une excision à leurs propres filles.
L'étude avait montré clairement que les personnels de la santé dans les établissements de soins primaires peuvent être des leaders d'opinion influents pour changer les attitudes à l'égard des MGF.
Quand la médicalisation risque de « légitimer » les pires pratiques
Si on le voit, les soignants peuvent être des acteurs essentiels pour lutter contre les MGF, ils participent malheureusement également fréquemment à leur persistance. Ainsi, des données récentes semblent montrer que ces mutilations sont aujourd ’hui de plus en plus pratiquées par des personnels soignants dans plusieurs régions du monde. En 2020, on estimait à 52 millions le nombre de jeunes filles et de femmes victimes de MGF pratiquées par des soignantes et les soignants, ce qui représentait environ un cas de MGF sur quatre. Or, et c’est d’ailleurs pour cela que les professionnels sont sollicités, leur « médicalisation » risque de légitimer involontairement la pratique et de compromettre ainsi les efforts plus larges visant à l ’abandonner. La Dre Pascale Allotey, directrice du Département Santé sexuelle et reproductive, et recherche de l ’ OMS insiste : « Les mutilations génitales féminines constituent une grave violation des droits des femmes et mettent gravement en danger leur santé … Le secteur de la santé a un r ôle essentiel à jouer dans la prévention des MGF…. Les soignantes et les soignants doivent être acteurs du changement plutôt que se livrer à cette pratique néfaste, et doivent également prodiguer des soins médicaux de qualité aux personnes qui en subissent les effets ».
Nouvelles recommandations de l’OMS pour lutter contre les MGF médicalisées
Aussi, l'OMS vient-elle de publier de nouvelles recommandations pour mettre fin aux MGF médicalisées et soutenir les femmes qui en ont été des victimes (2). L’objectif est de rappeler qu’ une MGF ne peut jamais être réalisée sans risque même dans un milieu médicalisé et il n'y a aucune justification médicale pour les réaliser. Même lorsque la procédure est effectuée dans un environnement stérile par un personnel de santé, les risques immédiats et à venir existent en effet. L’OMS martèle : « en toutes circonstances, les MGF violent le droit à la santé, le droit d'être à l'abri de la violence, le droit à la vie et à l'int égrité physique, le droit à la non-discrimination et le droit d'être à l'abri de traitement cruel, inhumain ou dégradant » (2).
Voici un résumé de ces recommandations intitulées « La prévention des mutilations génitales féminines et la prise en charge clinique des complications (The prevention of female genital mutilation and clinical management of complications) ».
En matière de prévention, l'OMS préconise tout d’abord la formation des professionnels de santé, l’adoption de lois et de politiques anti-MGF, l’engagement communautaire. La mobilisation des médecins, des infirmiers, des infirmières et des sage-femmes devrait être un élément clé de la prévention et de la lutte contre les MGF. Les recommandations suivantes sont données :
application de codes de conduite professionnels interdisant expressément au personnel soignant de pratiquer des MGF ;
transmission d’outils de communication adaptés, préconisés par l’OMS pour aider les personnels soignants à refuser les demandes de MGF, et à informer les personnes des risques graves immédiats et à long terme de ces pratiques (5).
L’autre volet concerne l’éducation et l’information des communautés. L’OMS rappelle que les activités de sensibilisation communautaire auxquelles peuvent participer les hommes et les garçons peuvent permettre d ’améliorer les connaissances sur les MGF, promouvoir les droits des filles et favoriser l’évolution des comportements,
Enfin, figurent également des recommandations cliniques pour aider à garantir l'accès à des soins médicaux empathiques et de qualité pour les victimes de MGF. En effet, compte tenu de l'ampleur des complications qui résultent de cette pratique, les victimes peuvent avoir besoin de divers services de santé à différents stades de leur vie – soins de santé mentale, gestion des risques obstétricaux et, le cas échéant, reprises chirurgicales (5).
Ces recommandations ne pourront être mise en oeuvre qu’avec l’implications des personnels soignants, mais aussi des communautés. Elle nécessite un engagement politique des états.



