L’endométriose est une maladie inflammatoire systémique chronique caractérisée par la présence de tissu semblable à l‘endomètre en dehors de l’utérus, touchant 190 millions de femmes en âge de procréer dans le monde. A ce jour, les outils diagnostiques manquent et les options thérapeutiques sont limitées, en partie du fait de la connaissance limitée de sa physiopathologie.
Si les traumatismes psychologiques, en particulier pendant l’enfance, ont été associés à l’endométriose, les données disponibles concernant le rôle du type de traumatisme et de la prédisposition génétique dans cette association sont insuffisantes. Une équipe de chercheurs a examiné la relation entre expériences traumatiques et endométriose à l’aide d’analyses de données phénotypiques et génotypiques.
Une étude cas-témoins à partir des données de la UK Biobank
Dans un premier temps, les auteurs se sont appuyés sur la UK Biobank pour évaluer le lien entre endométriose et événements traumatiques survenus pendant l'enfance et à l'âge adulte recueillis par un questionnaire en ligne, chez 8276 participantes avec endométriose (âge moyen 53,2 [ET 13,0] ans) et 240 117 sujets témoins (âge moyen 56,5 [9,6] ans).
Ensuite, ils ont étudié les mécanismes pléiotropiques partagés par l'endométriose et les expériences traumatiques, en comparant les modèles observés dans deux études d'association génomique de l'endométriose (GWAS) différentes : une large méta-analyse (ancêtres européens : 21 779 cas et 449 087 témoins ; ancêtres d’Asie orientale : 1713 cas et 1581 témoins) et la cohorte FinnGen (16 588 cas et 111 582 témoins d’ascendance européenne). Enfin, ils ont testé l'interaction entre les événements traumatiques et le risque polygénique de l'endométriose.
Au total, 16 types d’évènements traumatiques et expériences stressantes ont été analysés. Les événements négatifs étaient ensuite regroupés en catégories : maltraitance infantile, traumatismes interpersonnels, traumatismes non interpersonnels, traumatismes avec contact, et traumatismes sans contact.
Les associations phénotypiques ont été évaluées via des régressions multiples. Les schémas de co-occurrence de différentes expériences traumatiques dans les cas d’endométriose et les cas-témoins l’ont été par l’analyse des classes latentes (ACL), une méthode statistique qui permet d’identifier des sous-groupes non observables sur la base des données disponibles.
Les analyses génétiques ont comporté une étude de corrélation génétique (rg), et une analyse de l’interaction entre les événements traumatiques et le risque polygénique d’endométriose (PRS), une approche qui évalue l’impact combiné de multiples variantes génétiques sur le développement d’une maladie, plutôt que de se concentrer sur un seul gène.
Troubles du stress post-traumatique et maltraitance infantile
En prenant en compte l’âge, l’indice de défavorisation de Townsend, et les groupes d’ascendance génétiques, des différences ont été observées parmi les différents types de traumatismes explorés.
Les femmes avec endométriose étaient plus susceptibles de rapporter des expériences traumatiques et des événements stressants dans l’enfance et l’âge adulte (par ex. pour les traumatismes avec contact : OR = 1,28 [IC à 95 % 1,02-1,26]).
L’ACL a mis en évidence une association entre endométriose et traumatisme physique et émotionnel (225 [8 %] vs 3948 [5 %] ; P < 2,2 × 10−16) et traumatisme sexuel (414 [5 %] vs 3158 [4 %] ; P = 2,9 × 10−3). Les témoins étaient plus volontiers associés à la classe latente « sans traumatisme » (563 [20 %] vs 18 949 [24 %] ; P = 7,4 × 10−14).
Les analyses de corrélation génétique ont relié l’endométriose aux résultats liés aux multiples traumatismes, incluant l’état de stress post-traumatique (méta-analyse : rg = 0,31, P = 7,1 × 10−16 ; FinnGen : rg = 0,26, P = 4,7 × 10−15) et la maltraitance infantile (méta-analyse : rg = 0,23, P = 1,3 × 10−6; FinnGen : rg = 0,16, P = 1 × 10−4).
Le score polygénique d’endométriose était associé à un risque majoré d’endométriose (β = 0,31, P < 2,2 × 10−16), mais aucune interaction entre les différents types de traumatisme n’a été observée.
Des pistes pour la prise en charge ?
Ces résultats mettent en évidence l’association potentielle entre traumatismes physiques et endométriose, indépendamment de la prédisposition génétique à l’endométriose. Ils suggèrent que des programmes de dépistage de l’endométriose intégrant les prédispositions génétiques, les traumatismes avec contact, et les autres facteurs de risque, pourraient être développés.
Cependant quelques limites à cette étude doivent être prises en compte. Tout d’abord, le fait de s’appuyer sur la cohorte UK Biobank pourrait influencer les résultats en limitant la capacité à évaluer les facteurs liés à un contexte socio-économique défavorisé.
De plus, cette cohorte inclut en grande majorité d’individus d’origine européenne, empêchant ainsi d’analyser correctement les dynamiques liées aux autres groupes de population. De plus, les auteurs reconnaissent la possibilité de biais de confusion, notamment quant à la caractérisation de l’endométriose et ses comorbidités.



