Qui fait mauvaise impression ?

Comme il y eut le salon des refusés pour les peintres impressionnistes, il y a, quelque part dans l’univers digital, le salon des rétractés pour la médecine. 

Chaque année, une myriade d’articles scientifiques sont publiés dans le monde. Une faible proportion d’entre eux fait ensuite l’objet de corrections ou de rétractations, pour des raisons allant de simples erreurs méthodologiques à des manquements éthiques ou à des cas avérés de fraude.

Une étude publiée dans le JAMA s’est intéressée au phénomène des « super-rétractés », ces chercheurs qui cumulent un nombre particulièrement élevé d’articles retirés de la littérature scientifique et figurent parmi les auteurs les plus souvent épinglés par le classement de Retraction Watch.

L’étude a analysé 1 330 essais cliniques randomisés (ECR) ayant fait l’objet d’une rétractation. Les auteurs se sont particulièrement intéressés à trois groupes de signataires : les 30 scientifiques comptant le plus grand nombre de rétractations au monde (« super-rétracteurs »), 163 chercheurs parmi les plus cités de leur discipline sur l’ensemble de leur carrière ayant au moins dix articles rétractés, et 174 chercheurs parmi les plus cités en 2024 présentant eux aussi au moins dix rétractations.

Parmi les super-rétractés, six seulement, principalement issus de l’anesthésiologie et de l’endocrinologie ont participé à la publication de 290 ECR rétractés, soit près d’un quart (22 %) de l’ensemble du corpus étudié.

Pitres et travaux

De même, 18 scientifiques figurant parmi les chercheurs les plus cités au monde et comptant au moins dix rétractations ont cosigné 327 essais rétractés (25 % du total). Fait notable, 84 % de ces études étaient également signées par l’un des super-rétractés. Quant aux chercheurs les plus cités en 2024 ayant au moins dix rétractations, sept d’entre eux ont participé à 50 essais rétractés, tous déjà inclus dans le groupe précédent.

Les essais cliniques signés par les « super-rétractés » se distinguaient par leur ancienneté et surtout par le temps écoulé avant leur rétractation. En médiane, ils restaient plus de 14 ans dans la littérature scientifique avant d'être retirés, contre à peine plus d'un an pour les autres essais rétractés. Cette longévité leur permettait d'accumuler davantage de citations : 21 en médiane, contre seulement 5 pour les autres articles.

Cocorico, dans le classement Retraction Watch, mis à jour le 26 mai dernier figure une star française de l’infectiologie, vous l’aurez deviné, le Pr Didier Raoult, qui caracole actuellement à la 8e place avec 60 articles retractés loin derrière le leader, l’allemand Joachim Boldt (239 rétractations). Les travaux de cet anesthésiste allemand pris d’une frénésie de publications ont fait l’objet de multiples enquêtes ayant mis en évidence des irrégularités majeures, notamment des problèmes concernant les données des patients, les procédures éthiques et la présentation des résultats. Son cas est souvent cité comme l’un des plus importants scandales de fraude scientifique dans le domaine biomédical.

Les auteurs concluent qu’une poignée de chercheurs particulièrement influents, souvent liés par des collaborations récurrentes et concentrés dans quelques spécialités médicales, sont à l’origine d’une proportion importante des essais cliniques randomisés rétractés.

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