Copenhague – « Les conclusions du rapport sont consternantes mais elles ne sont pas surprenantes ». C’est avec un certain fatalisme qu’Hans Kluge, directeur de la branche européenne de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a présenté ce jeudi les conclusions d’un rapport sur la santé sexuelle des adolescents d’Europe, d’Asie centrale et du Canada. Une étude menée tous les quatre ans depuis 1982 auprès de 242 000 personnes à travers 42 pays et qui permet de mesurer les évolutions des comportements sexuels des adolescents.
Premier enseignement de ce rapport : la part des adolescents sexuellement actifs est en diminution dans les pays étudiés. Environ 20 % des garçons de 15 ans et 15 % des filles du même âge ont déjà eu des rapports sexuels : si cette proportion est stable chez les filles, elle est en baisse chez les garçons, qui étaient 25 % au même âge à avoir déjà eu une relation sexuelle en 2018.
La proportion de garçons sexuellement actifs a ainsi diminué dans onze pays et celle des filles dans trois pays. D’autres études avaient déjà démontré que les adolescents occidentaux ont désormais tendance à attendre davantage que les générations précédentes pour avoir leur première relation sexuelle.
C’est essentiellement dans les pays d’Europe du Nord et des Balkans que les adolescents sont les plus sexuellement actifs : en Bulgarie, en Suède ou au Royaume-Uni, plus de 20 % des jeunes de 15 ans ont déjà eu des relations sexuelles. Les jeunes français préfèrent eux prendre leurs temps comparés à leur voisins européens : seulement 16 % des garçons et 14 % des filles de 15 ans ont déjà eu des relations sexuelles. Si dans quasiment tous les pays, les jeunes garçons ont tendance à être plus tôt sexuellement actifs que les jeunes filles, la différence est généralement plus importante dans les pays pauvres (4 % des adolescentes albanaises se déclarent sexuellment actives…contre 34 % des adolescents albanais).
Des adolescents français plutôt sages
Mais l’étude de l’OMS s’est surtout penchée sur l’utilisation de la contraception par les adolescents. Parmi ceux sexuellement actifs, 61 % des garçons et 57 % des filles déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur dernière relation sexuelle. Des chiffres en forte baisse : ils étaient respectivement 70 % et 63 % à déclarer se protéger en 2014. 30 % des garçons et 36 % des filles déclarent n’avoir pas utilisé de préservatifs lors de leur dernier rapport sexuel, tandis que 9 % des garçons et 7 % des filles rapportaient ne pas savoir si leur partenaire avait utilisé un préservatif.
Là encore, la proportion d’utilisateurs de préservatifs varie grandement selon les pays : les adolescents les plus prudents étaient les Suisses (77 % des garçons utilisent un préservatif), les plus inconscients les Suédois (43 %). Les adolescents français font plutôt partie des bons élèves : 70 % des garçons et des filles ont déclaré avoir utilisé un préservatif lors de leur dernier rapport sexuel. Quelque soit le pays considéré, ce sont généralement les adolescents issus de milieux défavorisés qui adoptent le moins le préservatif.
Un quart (26 %) des adolescentes déclarent avoir utilisé une pilule contraceptive lors de leur dernier rapport sexuel, un taux relativement stable depuis 2014. C’est globalement dans les pays du nord de l’Europe que la pilule est la plus consommée : 61 % des jeunes néerlandaises, 52 % des suédoises et 51 % des danoises utilisent la pilule. Au contraire, pour les jeunes filles elle reste rarement utilisée en Italie (15 %), Hongrie (10 %) et Albanie (10 %). La pilule garde le vent en poupe chez les adolescentes françaises sexuellement actives, qui sont 41 % à l’utiliser. Au total, 31 % des adolescents sexuellement actifs disent n’utiliser ni préservatif, ni pilule contraceptive.
Hausse des IST en Europe
Ces chiffres sont à mettre en regard avec la hausse des infections sexuellement transmissibles (IST) en Europe. Selon un rapport du centre européen de contrôle des maladies (ECDC), les cas de chlamydiae (+ 16 %), de gonococcies (+ 48 %) et de syphilis (+ 34 %) ont fortement augmenté dans l’Union Européenne entre 2021 et 2024.
Pour l’OMS, c’est le recul de l’éducation sexuelle en Europe, due notamment à un retour des idées conservatrices, qui est le responsable de cette tendance. « L’éducation sexuelle complète adaptée à l’âge reste négligée dans de nombreux pays et, lorsqu’elle est disponible, elle a été de plus en plus attaquée ces dernières années au motif qu’elle encouragerait les comportements sexuels » estime Hans Kluge.
« En réalité, doter les jeunes des bonnes connaissances au bon moment permet d’obtenir des résultats optimaux en matière de santé, liés à des comportements et des choix responsables ». Toutefois les succès des thérapeutiques anti-VIH semblent également expliquer cette baisse de l’utilisation du préservatif, progrès qui ont totalement transformé le pronostic et l’image de l’infection à VIH.
En France, une hausse des IST a également été observée ces dernières années : + 16 % pour les chlamydioses, + 91 % pour les infections à gonocoques et + 110 % pour la syphilis entre 2020 et 2022. Plusieurs mesures ont été prises pour améliorer la santé sexuelle des plus jeunes : les préservatifs et le dépistage des IST sont désormais gratuits pour les moins de 26 ans. Mais l’éducation sexuelle laisse encore à désirer : seul un tiers des lycéens déclarent avoir suivi les trois séances annuelles prévus par la loi.



