Passée tout près de la mort, la patiente envisage de porter plainte contre le Samu.
Voici une nouvelle illustration dramatique des grandes difficultés rencontrées par les services de secours pour prendre en charge l’intégralité des demandes de soins urgents, difficultés régulièrement dénoncées par les syndicats. La tragédie est ici d’autant plus poignante qu’elle concerne une femme enceinte.
Marie Dejean, une mère de famille habitant à Frontignan, petite ville de l’Hérault proche de Sète, présentait un début de grossesse compliqué. Elle avait d’ailleurs un rendez-vous de suivi à l’hôpital de Sète prévu le 31 mars dernier. Deux jours avant ce rendez-vous, dans la soirée du 29, la future mère se plaint de violentes douleurs au ventre. Sur les conseils de son fils, elle contacte le SAMU.
« J'étais vraiment recroquevillée sur moi-même » explique Marie Dejean aux journalistes de France info.« Je pensais que j'étais en train de faire une fausse couche. J'ai le médecin régulateur du SAMU à qui j'explique ma situation. Donc, la grossesse à risque, les douleurs que j'ai depuis 18 heures, le malaise que je viens de faire. Et là, il me répond qu'il n'a aucune ambulance qui va à Sète. Il ne m'a rien dit de plus. Il m'a dit : appelez de la famille, voyez avec vos voisins ».
Plusieurs heures après le début de ces douleurs, la jeune femme finit par se rendre aux urgences de l’hôpital de Sète, accompagnée par sa mère. Son état empire alors rapidement et elle est prise de convulsions. Les médecins diagnostiquent une grossesse extra-utérine et une hémorragie interne. La patiente est opérée en urgence. « J'ai fait une hémorragie, j'ai perdu près de 2,5 litres de sang et je me suis réveillée en réanimation » relate la mère de famille.
La mère de famille envisage de porter plainte
Après une semaine d’hospitalisation, Marie Dejean a finalement pu rentrer chez elle mais n’est pas encore totalement remise, physiquement comme psychologiquement, de cette douloureuse épreuve. « Aujourd’hui, je me sens au plus bas, je n’arrive plus à m’alimenter, je suis anémiée ».
Elle souhaite désormais comprendre pourquoi le médecin régulateur du SAMU qu’elle a eu au téléphone ce soir fatidique n’a pas jugé opportun de lui envoyer une ambulance. « Cette phrase du Samu trotte dans ma tête, je ne comprends pas qu’il ait osé me dire ça », s'indigne-t-elle. « Si je ne m'étais pas rendue aux urgences cette nuit-là, je n'aurais pas survécu ». « Je les appelais car j’avais besoin d’un secours médical, j’avais besoin d’aide. J’aurais pu être prise en charge plus vite, j’aurais peut-être perdu moins de sang ».
Les services de santé se sont montrés pour le moment assez lacunaires dans leur explication de cette affaire dramatique. Contacté par Marie Dejean, le SAMU de l’Hérault s’est contenté de se dire « navré de l'expérience insatisfaisante que vous avez vécue » et a promis de « saisir les équipes concernées afin d'obtenir des explications ». Le CHU de Montpellier a quant à lui indiqué « être soumis aux obligations strictes de confidentialité et de secret médical, garantes du respect de la vie privée de ses usagers » et par conséquent n’être « pas en mesure de commenter cette situation particulière ». « Une analyse approfondie est en cours avec les équipes concernées » ajoute le centre hospitalier.
Marie Dejean envisage désormais de porter plainte pour « non-assistance à personne en danger » pour que la justice puisse identifier les causes et les circonstances de ce refus de prise en charge.



