Le retard de croissance intra-utérin marque le cœur de l’enfant

Une étude sur jumeaux monozygotes montre que le RCIU affecte la fonction cardiaque dès l'enfance. Une signature précoce du risque cardiovasculaire futur, invisible jusqu'ici.

Le retard de croissance intra-utérin (RCIU) est associé à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. La malnutrition fœtale et l’hypoxie, souvent causées par une insuffisance placentaire, peuvent avoir un effet négatif sur les premières étapes du développement, entraînant un remodelage des structures cardiovasculaires afin de les adapter à ces circonstances intra-utérines défavorables. Ce processus, nommé « programmation fœtale », peut être étudié par échographie structurelle et fonctionnelle, permettant une évaluation précoce du risque cardiovasculaire.

Cependant, les données sur la persistance de ces anomalies pendant l’enfance sont contradictoires. Quelques études sur la déformation longitudinale globale et l’épaisseur intima-média chez les enfants nés après un RCIU suggèrent des modifications infracliniques. D'un autre côté, une méta-analyse récente n'a pas mis en évidence d'anomalies structurelles et fonctionnelles, bien que le faible nombre d'études (n = 23) et leur hétérogénéité aient pu limiter la portée de l'analyse. De plus, la recherche sur ces enfants est sujette à des facteurs de confusion (génétiques, obstétricaux, environnementaux postnataux) qui complexifient l'analyse du rôle propre du RCIU.

Le modèle des jumeaux monochorioniques (partageant un seul placenta) est idéal pour cette recherche. Chez 10 à 15 % d'entre eux, le partage inégal du placenta entraîne une discordance de croissance significative. Dans ce cas, le plus petit des jumeaux, atteint de RCIU, peut être comparé à son co-jumeau génétiquement identique de croissance normale, ce qui permet de contrôler naturellement la plupart des facteurs de confusion. 

Des jumeaux monozygotes présentant une discordance de croissance in utero

Cette étude prospective, issue de la cohorte LEMON, a été menée par des spécialistes du Centre Médical Universitaire de Leyde (Pays-Bas) pour explorer les conséquences à long terme du RCIU. Ils ont inclus des jumeaux monochorioniques nés entre 2002 et 2017, présentant une discordance de poids à la naissance d’au moins 20 %. Les paires compliquées par un syndrome transfuseur-transfusé, une séquence anémie-polycythémie ou des malformations ont été exclues.

Les données obstétricales, néonatales et les caractéristiques des RCIU (type I, II ou III) ont été collectées rétrospectivement. Entre 2021 et 2023, les enfants ont bénéficié d'une consultation de suivi incluant une échocardiographie complète, réalisée par un seul examinateur pour minimiser la variabilité inter-observateurs. Les mesures de la structure cardiaque, de la fonction et de l'épaisseur intima-média carotidienne ont été recueillies. Sur 73 paires de jumeaux éligibles, 42 ont pu être analysées. L'âge gestationnel médian à la naissance était de 34,1 semaines (IIQ 31,6-36) , avec un poids médian de 1471 g pour le jumeau le plus petit et de 2025 g pour le plus gros. Au moment de l’examen, aucun symptôme cardio-vasculaire ni traitement n’a été rapporté. 

Des altérations fonctionnelles sans modifications structurelles

L'examen, réalisé à un âge médian de 11 ans (IIQ 9-14) , n'a montré aucune différence significative entre les jumeaux concernant les paramètres de structure cardiaque, comme les dimensions du cœur, la masse ventriculaire gauche, ou encore l'épaisseur de l'intima-média carotidienne. La fonction systolique globale, mesurée par la fraction d'éjection, était également similaire. L’examen des carotides n’a pas non plus montré d’anomalie de structure. 

Cependant, des différences fonctionnelles notables ont été observées. Les jumeaux les plus petits présentaient une déformation longitudinale globale du ventricule gauche significativement moins bonne (-19,6 % contre -20,7 % ; p = 0,0015). Leur fonction diastolique était également altérée, avec des vitesses mitrales (pics E et A) et un ratio E/e' plus élevés.

En conclusion, dans ce modèle de jumeaux monozygotes mais avec discordance de croissance in utero, le RCIU est associé à des modifications infracliniques de la fonction systolique et diastolique, ainsi que de la structure myocardique, malgré des dimensions cardiaques normales. Ces résultats indiquent que le remodelage cardiovasculaire induit par le RCIU persiste durant l'enfance, constituant potentiellement la base du risque accru de maladies cardiovasculaires à l'âge adulte. 

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