Paris, le mardi 6 février 2024 – Selon un sondage Ifop, un quart des Français serait abstinent sexuellement, du jamais vu depuis les années 1970.
Le 16 janvier dernier, le Président Emmanuel Macron appelait les Français à faire plus d’enfants et à amorcer un « réarmement démographique ». Mais les ambitions présidentielles risquent d’être mises à mal, car les Français semblent de moins en moins intéressés par la reproduction et par le sexe en général. Selon un sondage Ifop publié ce lundi, les Français n’ont en effet jamais été aussi peu actifs sexuellement : 24 % des personnes initiées sexuellement déclarent n’avoir eu aucun rapport sexuel dans les douze derniers mois (22 % des hommes et 26 % des femmes), contre seulement 9 % lors d’un précédent sondage sur la question en 2006. Cinquante ans après la révolution sexuelle, la France semble touchée par la récession sexuelle.
Les jeunes préfèrent les écrans à la chambre à coucher
La baisse de la libido est particulièrement marquée chez les plus jeunes : 28 % des 18-24 ans n’ont eu aucun rapport sexuel dans l’année, contre seulement 5 % en 2006. Dans toutes les classes d’âge, l’abstinence sexuelle progresse : seuls les 25-34 ans se maintiennent à un fort niveau d’activité sexuelle, avec seulement 6 % d’entre eux qui goutent aux plaisirs de la chair moins d’une fois par an. La France n’est pas la seule touchée par cette perte de libido : une étude menée en 2018 indiquait que 54 % des lycéens américains étaient encore vierges (contre 40 % en 1991), tandis que 15 % des Américains entre 20 et 29 ans indiquaient avoir moins d’une relation sexuelle par an.
A l’heure des applications de rencontre, de la contraception accessible à tous et du recul des interdits religieux, cette perte d’appétit sexuel est pour le moins surprenante. Elle est en partie subie : 67 % des hommes et 61 % des femmes célibataires sans activité sexuelle l’expliquent tout simplement par le fait qu’ils n’arrivent pas à trouver de partenaire sexuelle à leur gout, 61 % des hommes célibataires indiquant même avoir l’impression de ne plaire à personne. Le sexe est également concurrencé par les écrans (l’autre ennemi d’Emmanuel Macron avec l’infertilité !) : la majorité des hommes de moins de 35 ans vivant en couple indiquent préférer joueur aux jeux vidéos (53 %) ou regarder un film ou une série (50 %) que d’avoir une relation sexuelle avec leur partenaire.
Il semble plus globalement que le rapport à la sexualité a profondément évolué et que la vie sexuelle n’ait plus une aussi grande importance pour les jeunes générations, en particulier chez les femmes. Ainsi, seulement 62 % des femmes disent accorder une grande importance à leur vie sexuelle, alors qu’elles étaient 82 % en 1996. Plus des deux tiers des femmes disent bien vivre l’absence de vie sexuelle (69 %), contre un peu moins de la moitié (48 %) des hommes.
La nouvelle mode de l’asexualité
François Kraus, responsable du pôle sexualité à l’institut Ifop, voit dans cette baisse d’appétit sexuel un phénomène « contre-cyclique ». « Les années 80-90 étaient une époque d’hypersexualisation, aujourd’hui on passe à une sexualité plus qualitative que quantitative : ce que fait intensément une génération, la suivante le fait moins ». Si multiplier les partenaires sexuels était donc comme un signe d’épanouissement il y a 30 ans, ce serait au contraire le fait d’accepter son asexualité qui le serait aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, les témoignages et podcasts de femmes (et plus rarement d’hommes) qui se revendiquent asexuels (15 % des femmes et 9 % des hommes selon le sondage Ifop) ou aromantiques se multiplient.
Certains verront dans cette baisse de l’appétit sexuel des plus jeunes la conséquence néfaste d’un néo-puritanisme wokiste, corollaire de l’augmentation des idées dépressives dans cette génération. D’autre au contraire y verront la manifestation d’un nouveau rapport au consentement bienvenu.
D’autres y verront des causes économiques du fait du report du départ du domicile parental en raison de la longueur des études, des difficultés économiques et de la crise du logement.
On espère tout de même que même les asexuels accepteront de faire un petit effort sexuel pour réarmer la France et faire plaisir à notre Président.






