Un placebo associé à une justification thérapeutique claire réduit significativement les symptômes du syndrome prémenstruel, selon un essai randomisé. Une alternative crédible face aux limites des traitements conventionnels et à leurs effets indésirables ?
Le syndrome prémenstruel touche environ la moitié des femmes en âge de procréer, provoquant des douleurs physiques et psychiques importantes, et affectant la vie sociale, scolaire ou professionnelle dès l’adolescence.
Les traitements de première ligne incluent les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine et les traitements hormonaux (contraceptifs oraux et danazol), mais ils présentent souvent des effets indésirables et les abandons de traitement sont fréquents.
Des interventions non médicamenteuses, comme les thérapies cognitivo-comportementales, peuvent être proposées, bien qu’elles aient été jugées jusqu’à présent comme insuffisamment efficaces. Enfin, des traitements alternatifs, phytothérapie, compléments vitaminiques ou magnésium, sont souvent utilisés en automédications, mais les preuves manquent là aussi de leur efficacité.
Un essai randomisé, le rationnel de l’utilisation du placebo expliqué à certaines participantes
Des études ont suggéré l’efficacité des placebos pour atténuer les symptômes du syndrome prémenstruel, ce qui, compte tenu des effets indésirables des traitements conventionnels, peut être intéressant.
Pour en savoir plus, une équipe suisse a mené un essai randomisé incluant 150 femmes (de 18 à 45 ans) présentant un syndrome prémenstruel ou un trouble dysphorique prémenstruel.
Les participantes ont été aléatoirement réparties en 3 groupes : l’un recevant un traitement conventionnel (n = 50), l’autre un traitement placebo en vente libre sans autre explication que le fait qu’elles recevaient un placebo (n = 50), et enfin le 3e groupe recevant le placebo avec une explication de ce qu’il était et des raisons pour lesquelles il pourrait potentiellement soulager les symptômes (n = 50).
Le traitement placebo consistait en 2 comprimés quotidien pendant 6 semaines. Les symptômes étaient évalués quotidiennement en ligne, ainsi que leur impact sur la vie scolaire, professionnelle et relationnelle.
Les critères principaux étaient l'intensité des symptômes du syndrome prémenstruel et leur impact entre les groupes sur trois cycles menstruels (CM1-CM3) ; les événements indésirables ont été évalués 3 et 6 semaines après le début de l'intervention. Les critères secondaires incluaient les sous-échelles psychologiques et somatiques de l'intensité des symptômes du SPM, ainsi que l'observance.
Une diminution des symptômes cliniquement significative
L'intensité moyenne des symptômes au 3e cycle était plus faible pour les participantes ayant reçu le placebo avec les explications détaillées par rapport au traitement habituel (p<0,001) et au placebo sans explication (p=0,036) alors qu’il n’y avait pas de différence entre ces deux derniers groupes OLP- et TAU ne différaient pas (p=0,177).
Le placebo accompagné d’une justification thérapeutique est associé à la plus forte diminution de l'intensité des symptômes entre le 1er cycle et le 3e avec un changement moyen de 18,00 (± ET 18,56) (réduction de 79,3 %) et de leurs conséquences sur la vie quotidienne des femmes présentant une forme modérée à sévère ou un syndrome prémenstruel dysphorique (réduction de 82,5 %).
Les effets secondaires sont rares et bénins et l’observance du traitement est excellente (93,18 %) avec un faible taux d’abandon (3,4 %).
Les auteurs suggèrent plusieurs explications à cette efficacité, soulignant l’importance de délivrer une information claire et détaillée sur les mécanismes d’action du placebo et la justification de leur utilisation dans ce cas.
L’efficacité pourrait être due à un sentiment de contrôle des symptômes, à une plus grande autonomie et une meilleure perception des symptômes grâce aux explications fournies, et enfin à la bonne tolérance du placebo. Au-delà des questions éthiques, les explications semblent être un élément important de l’efficacité.



