Thrombose veineuse cérébrale : parfois un signe avant-coureur de cancer

Une étude néerlandaise montre un risque accru de développer un cancer dans les suites d’une thrombose veineuse cérébrale indépendamment de l’âge et du sexe. Ces résultats incitent à la vigilance et à un bilan minutieux devant cette forme rare d’AVC. 

Les thromboses veineuses cérébrales (TVC) sont une cause peu fréquente d’accident vasculaire cérébral, avec une incidence de 1 à 2 pour 100 000 personnes-années. Comme pour d’autres localisations de thromboses, le cancer est un facteur de risque de TVC, multipliant le risque par 5 comparés à des sujets sains de même âge, surtout dans les premières années suivant le diagnostic de leur maladie maligne. On ignore toutefois si la TVC est associée alors à un cancer occulte ou à un risque accru de développer un cancer ultérieur. Deux études de population, l’une finlandaise, l’autre danoise, publiées dans Stroke en 2022 et 2023, avaient confirmé l’augmentation du risque néoplasique après TVC mais leurs résultats avaient été limités par la faible taille de leurs échantillons et le nombre restreint d’événements pathologiques observés en cours de suivi.

Une étude de cohorte basée sur la population néerlandaise

Un nouveau travail a donc été entrepris, basé sur une cohorte de population d’ampleur nationale, auprès de patients néerlandais âgés de 15 ans au moins, hospitalisés après un premier épisode de TVC entre le 1er janvier 1997 et le 1er juillet 2020, suivis pendant au moins 6 mois. Les sujets ayant des antécédents néoplasiques ou ceux dont le diagnostic de cancer a été posé durant la même hospitalisation que celle pour la thrombose ont été exclus. L’index de comorbidité de Charlson (CCI) a été calculé pour chacun des participants. Le critère d’évaluation principal était l’incidence cumulative des cancers de tout type à l’exception de cancers cutanés autres que les mélanomes, survenus dans les 10 ans suivant la TVC. En cas de néoplasies itératives, seule la date du premier cancer a été retenue. Cette incidence fut comparée à celle observée dans une cohorte appariée de la population générale, avec calcul des ratios d’incidence standardisée (SIR) et examen de sous-groupes en fonction de l’âge, du sexe et de la nature du cancer, les hémopathies malignes étant toutefois séparées des cancers non hématologiques. L’analyse des données fut menée entre juin 2023 et avril 2024.

Au total, 3208 patients hospitalisés pour TVC entre 1997 et 2020 furent identifiés, dont 248 exclus du fait d’antécédents néoplasiques, et 311 autres âgés de moins de 15 ans. In fine, l’échantillon inclut 2649 malades. La grande majorité, 1856 (70,1 %) étaient des femmes. L’âge médian, lors de la survenue de la TVC était de 44,5 (30,7-56,4) ans. 

La durée médiane de suivi a été de 4,7 (1,9-8,9) ans, durant laquelle furent observés 402 décès (15,2 %), et 119 diagnostics de cancer (4,5 %) dont 24,4 % d’hémopathies malignes, 20,2 % de cancers digestifs et 13,4 % de néoplasies mammaires. Le délai moyen entre TVC et cancer fut de 0,1 (0,0-3,0) ans pour les hémopathies, de 4,2 (1,6-6,0) ans pour les cancers digestifs et de 5,3 (4,1-8,3) ans pour les cancers du sein. 

Près de 6 % de cancer à 10 ans

L’incidence cumulative des cas de nouveaux cancers a été de 1,5 % [IC à 95 % : 1,1- 2,1] à un an, de 2,2 % [1,6-2,8] à 2 ans et de 5,9 % [4,8-7,2] après 5 ans. Elle était plus basse chez les patients âgés de moins de 50 ans et plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Les patients atteints de TVC présentaient un taux de cancer accru par rapport à la cohorte de référence pendant toute la durée du suivi, mais la différence s'est réduite au fil du temps : le SIR pour l’incidence des cancers était de 3,35 [2,41-4,51] à un an, puis de 1,40 [1,14-1,69] à 10 ans, ces valeurs étant toutes deux significatives avec un p < 0 001. 

Le taux a augmenté à la fois chez les patients de moins de 50 ans (SIR 6,70 [3,97-10,59] et 1,72 [1,24-2,34] à 1 et 10 ans, respectivement) et chez ceux de 50 ans ou plus (SIR 2,41 [1,53-3,62] et 1,25 [0,96-1,60] à 1 et 10 ans, respectivement), ainsi que chez les patients de sexe masculin (SIR 3,59 [2,16-5,61] et 1,69 [1,25-2,23] à 1 et 10 ans, respectivement) et les patientes (SIR 3,17 [1,99-4,80] et 1,22 [0,92-1,58] à 1 et 10 ans, respectivement).

A 10 ans, l’incidence cumulative des hémopathies malignes a été plus faible que celle des cancers non hématologiques : 1,4 % [0,9-2,1] versus 4,5 % [3,5- 5,7]. Le SIR était plus élevé pour le cancer hématologique (17,76 [10,53-28,07] à 1 an et 4,61 [3,07-6,67] à 10 ans) que pour le cancer non hématologique (2,05 [1,30-3,08] à 1 an et 1,12 [0,88-1,40] à 10 ans).

Dans le sous-groupe des patients de sexe masculin âgés de plus de 50 ans, le risque cumulé de nouveaux cancers était de 13 ,5 % [9,1- 18,7] à 10 ans.

Ainsi, ce travail suggère que les malades ayant présenté un premier épisode de TVC ont un risque accru de cancer ultérieur, avec une incidence de 5,9 % à 10 ans, plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Les cancers sont essentiellement des hémopathies malignes, des cancers digestifs et des cancers du sein. Ces résultats sont proches de ceux d’études antérieures récentes. Cependant, il faut se rappeler qu’il a pu exister des omissions ou des datations de cancer inexactes et que, dans le cas de cancers diagnostiqués très précocement après la thrombose cérébrale, cette dernière a pu être une manifestation du cancer sous-jacent. De plus, plusieurs réserves sont associées à ce travail. Il n’a pas été notifié de données sur les autres facteurs de risque de cancer ou de thrombose, ni sur la présentation initiale de ces pathologies ou encore le statut anti coagulant durant le suivi. Les caractéristiques et le stade de la néoplasie n’ont pas été précisés. Enfin, malgré une recherche attentive, le nombre de cas retenu a été limité, ne permettant pas la stratification de l’incidence selon les sous types d’hémopathies malignes et de tumeurs malignes solides.

En conclusion, le risque de survenue d’un nouveau cancer après une TCV est notable, comparé à celui enregistré dans la population générale, quel que soit le sexe et l’âge. Le risque absolu est plus élevé après 50 ans mais le risque relatif est plus grand chez les jeunes patients. Ces résultats imposent d’être vigilants et de rechercher des signes pouvant évoquer une néoplasie après une TVC.

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