Cette étude souhaite comprendre chez les infirmières nouvellement diplômées en travail posté, les modifications des symptômes prémenstruels et leurs facteurs de risque.
Le syndrome prémenstruel (SPM) est un trouble courant qui touche entre 58 et 100 % des femmes en âge de procréer, apparaissant cycliquement pendant la phase lutéale du cycle menstruel. Environ 20 % des jeunes femmes souffrent de symptômes sévères qui perturbent leurs activités quotidiennes. Ces symptômes incluent : douleurs lombaires ou mammaires, crampes abdominales, anxiété, sautes d'humeur, oublis.
Cependant, l'étiologie et la physiopathologie du SPM restent énigmatiques, même si certains facteurs favorisants ont été suspectés comme une consommation élevée d'aliments caloriques, gras, sucrés et salés. Par ailleurs, la consommation d'alcool et la dépression multiplient le risque de SPM par 1,12 et 3,52, respectivement.
Relations entre syndrome prémenstruel et travail
Les effets du SPM s'étendent également à la vie professionnelle, diminuant la productivité au travail et affectant la qualité de vie professionnelle, en particulier la satisfaction au travail, l'interface entre le travail et la famille, et les conditions de travail. En outre, les SPM ont un effet négatif sur la communication des infirmières avec les patients et la qualité des soins prodigués, ce qui pourrait compromettre la sécurité des patients. Des recherches antérieures ont suggéré une relation entre le travail posté et le syndrome prémenstruel, bien que d'autres études aient rapporté des résultats contradictoires.
Les infirmières présenteraient une prévalence accrue de SPM, attribuée à leur environnement de travail exigeant. Lors de leur premier emploi, elles sont souvent confrontées à des horaires de travail posté (en rotation), ce qui entraîne des contraintes physiques et psychologiques : sommeil, fatigue, dépression et stress, sans qu’elles ne disposent de stratégies efficaces pour gérer ces difficultés. Ces facteurs peuvent augmenter la susceptibilité aux SPM des infirmières nouvellement diplômées.
Une étude longitudinale auprès de 200 infirmières coréennes
Cette étude coréenne a employé un design longitudinal prospectif. Il s’agissait d’une analyse secondaire des données de l’étude SWNHT qui a été initialement menée pour étudier la santé, le présentéisme, l’intention de changement de service chez les infirmières travaillant en équipes postées. Les infirmières nouvellement diplômées ont été évaluées à trois reprises : (T0) avant le début du travail posté, (T1) six mois après le début du travail posté, et (T2) 18 mois après.
Les chercheurs se sont penchés sur des facteurs physiologiques (âge, indice de masse corporelle, consommation d'alcool, comportement alimentaire), psychologiques (qualité du sommeil, fatigue, dépression, stress, satisfaction de vie) et situationnels (soutien social).
Les SPM se sont aggravés six mois après le début du travail posté par rapport à la période antérieure, et cette aggravation a persisté même après 18 mois de travail posté (p <0,001). L'âge (p = 0,043), la qualité du sommeil (p = 0,004) et la fatigue (p < 0,001) étaient associés aux SPM. Une interaction entre le temps et la dépression affectant les SPM a été observée (p = 0,021).
Accompagner les jeunes diplômées
Les infirmières nouvellement diplômées doivent être attentives à l'aggravation des symptômes prémenstruels après le début du travail posté. Il serait pertinent de mettre en place des interventions pour améliorer la qualité du sommeil et réduire la fatigue pour celles-ci. Il serait également important d'évaluer les symptômes dépressifs avant le début du travail posté et de mettre en place des interventions précoces, car le besoin d’aide pour traiter la dépression augmente avec la durée du travail posté.
Cette étude présente plusieurs limites. Elle s’est déroulée dans seulement deux hôpitaux, limitant ainsi la généralisation des résultats. Un autre biais est possible car une partie de la collecte des données s’est déroulée durant la pandémie de Covid-19. De plus, l’étude étant basée sur des enquêtes, elle est susceptible de biais de rappel et de réponse, notamment le déni et le désir social.
En conclusion, cette étude souligne l'importance des facteurs psychologiques, physiologiques et socio-environnementaux dans la prise en charge des SPM chez les infirmières travaillant en horaires décalés. Des interventions ciblées, telles que des programmes de gestion du stress, des formations à l'hygiène de vie et un soutien psychologique, pourraient être bénéfiques pour améliorer la qualité de vie de ces professionnelles et atténuer l'impact négatif des SPM sur leur travail et leur santé.



