Chez les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères, 3-4 tasses de café par jour sont associées à des télomères plus longs, soit 5 ans de rajeunissement biologique. Au-delà, l'effet bénéfique disparaît.
Les personnes atteintes de troubles mentaux sévères ont une espérance de vie réduite, d’environ quinze ans, liée à une plus forte prévalence des maladies somatiques habituellement associées au vieillissement, notamment cardio-vasculaires ou de certains cancers. Cela a conduit à formuler l’hypothèse d’un vieillissement biologique accéléré pour ces patients. Le vieillissement biologique est souvent évalué par la longueur des télomères, structures situées à l’extrémité des chromosomes et protectrices de l’ADN pendant la réplication. Si le raccourcissement des télomères au fil du temps est un phénomène normal, il semble plus prononcé chez les patients atteints de troubles psychiatriques graves, en comparaison avec des personnes du même âge, sans que cela ne soit bien expliqué.
La longueur des télomères, marqueur du vieillissement cellulaire
Les télomères étant sensibles aux facteurs environnementaux, de nombreuses recherches portent sur les effets de l’alimentation sur la biologie des télomères. Une étude récente s’est intéressée à un composant très présent dans l’alimentation mondiale, le café.
Cette boisson est associée à de multiples bienfaits sur la santé, notamment l’amélioration des fonctions cognitives, la diminution du risque de maladies neurodégénératives, la prévention du syndrome métabolique et de l’obésité, etc. Toutefois, plusieurs organismes de santé internationaux recommandent de ne pas dépasser 4 tasses quotidiennes, limite au-delà de laquelle des effets négatifs peuvent survenir, tels que des troubles du sommeil, des troubles digestifs, une arythmie ou de l’irritabilité.
Malgré un intérêt croissant pour les liens entre le café et le vieillissement biologique, les données concernant les personnes présentant des troubles psychiatriques sévères demeurent limitées, alors qu’elles consomment souvent davantage de café que la population générale.
Cette étude examine pour la première fois l’association entre la consommation de café et la longueur des télomères dans une large cohorte de patients atteints de troubles psychiatriques graves. Il s’agit d’une étude transversale incluant 436 patients atteints de schizophrénie (n = 259) ou de trouble de l’humeur (n = 177). Le critère principal d’évaluation était la longueur des télomères dans les leucocytes. La consommation de café était rapportée par les patients eux-mêmes, en nombre de tasses par jour. Les analyses étaient ajustées pour l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le tabagisme et le traitement psychotrope.
Un effet bénéfique, à 3-4 tasses par jour
L’analyse montre une association significative entre la consommation de café et la longueur des télomères. Après ajustement pour les principaux facteurs de confusion, la relation suit une courbe en J inversé : les télomères les plus longs sont observés chez les personnes consommant 3 à 4 tasses de café par jour, soit la limite supérieure des recommandations.
Comparativement aux non-consommateurs, les patients consommateurs présentent des télomères plus longs, équivalents à un rajeunissement biologique estimé à environ 5 ans. Cet effet se maintient dans les analyses de sensibilité intégrant le diagnostic (schizophrénie vs bipolarité). Au-delà de 4 tasses quotidiennes, la longueur des télomères diminue à nouveau, suggérant qu’une consommation excessive pourrait perdre son effet « protecteur ». Par ailleurs, ni le sexe ni le type de trouble psychiatrique ne semblent modifier ces résultats.
Les auteurs avancent plusieurs mécanismes potentiels : la présence de composés bioactifs ayant des propriétés antioxydantes (comme l’acide chlorogénique ou la trigonelline), leurs effets anti-inflammatoires ainsi que l’influence possible du café sur les voies biologiques impliquées dans le maintien des télomères, notamment par une modulation de l’activité de la télomérase reverse transcriptase (TERT).
Finalement, les personnes atteintes de troubles psychiatriques graves ayant souvent une consommation de café plus élevée que la population générale, ces résultats soulignent l’intérêt de surveiller et de réguler cette consommation, afin de la maintenir dans les limites recommandées.



