Et si le trouble bipolaire n'était pas une maladie, mais un symptôme ? C'est la thèse audacieuse défendue dans l'Asian Journal of Psychiatry par un médecin de Pékin, qui plaide pour une révision complète de notre approche nosographique.
Plaidant dans l’Asian Journal of Psychiatry pour une révision des considérations nosographiques classiques, en s’appuyant sur des modèles transdiagnostiques et des outils comme la cartographie des réseaux de symptômes, un praticien exerçant à Pékin (Chine) propose de considérer le trouble bipolaire comme un symptôme plutôt qu’une maladie (1).
Traditionnellement considéré comme une affection psychiatrique autonome caractérisée par l'alternance d'épisodes maniaques et dépressifs, le trouble bipolaire pourrait en réalité relever d'une vision trop restrictive. Dans la mesure où ce trouble bipolaire partage certains symptômes avec d’autres affections (schizophrénie, troubles de la personnalité, troubles anxieux...), l’auteur suggère de le considérer, non comme une unique entité nosographique, mais plutôt comme un ensemble de symptômes transdiagnostiques pouvant émerger dans divers contextes psychopathologiques. Plutôt qu'une entité isolée, il refléterait des processus physiopathologiques plus vastes et interconnectés, sous-jacents à la dysrégulation de l'humeur.
Une hétérogénéité clinique marquée
Selon cette perspective, la conception classique du trouble bipolaire masquerait en réalité une hétérogénéité clinique importante et limiterait notre compréhension des mécanismes sous-jacents. L’auteur invite à un changement de paradigme : considérer le trouble bipolaire non plus comme une maladie figée, mais plutôt comme un symptôme partagé reflétant des mécanismes physiopathologiques communs et un phénotype dynamique, lié à des déséquilibres multiples, biologiques et psychosociaux.
Pour appuyer cette thèse, l’auteur évoque notamment les résultats d’une vaste étude (2), portant sur plus de 7000 patients atteints de trouble bipolaire et 337 000 témoins, ayant identifié un large éventail de comorbidités touchant plusieurs organes : troubles neurologiques, métaboliques, gastro-intestinaux, cardiovasculaires et immunitaires. Plaidant en faveur d’un lien étiologique profond, plutôt que d’associations fortuites, ces comorbidités indiquent que le trouble bipolaire pourrait s’inscrire dans un continuum transdiagnostique plus large prenant en compte l’importance croissante accordée aux modèles multidimensionnels de la psychopathologie.
Vers une psychiatrie de précision
Dans cette nouvelle approche, l’auteur décèle des avantages importants, en particulier une précision diagnostique accrue, des interventions intégrées, et une prise en charge plus efficace des patients. N’hésitant pas à transcender les frontières diagnostiques traditionnelles, cette conception favoriserait ainsi une psychiatrie de précision et poserait les bases de futures recherches axées sur des biomarqueurs et des cibles thérapeutiques.
L'enjeu est de taille pour ce trouble qui constitue un problème majeur de santé publique mondiale. Cette reconceptualisation pourrait poser les bases de futures recherches et améliorer significativement la prise en charge clinique des patients atteints de troubles de l'humeur.



