Les troubles prémenstruels et les troubles psychiatriques entretiennent un lien bidirectionnel fort, selon une large cohorte suédoise. Un lien particulièrement prononcé pour la dépression, l'anxiété et le TDAH.
Les troubles prémenstruels, notamment le syndrome prémenstruel et le trouble dysphorique prémenstruel, touchent les femmes en âge de procréer. Ils sont responsables de symptômes invalidants, tels que des variations de l’humeur, de l’anxiété et de l’irritabilité, apparaissant pendant la phase lutéale du cycle menstruel. Entre 20 et 30 % des femmes présenteraient une forme modérée à sévère de syndrome prémenstruel. Quant au trouble dysphorique, il concernerait 2 à 6 % d’entre elles.
Les troubles prémenstruels sont souvent associés à des comorbidités psychiatriques. Les liens avec la dépression et les troubles anxieux notamment sont connus et plusieurs études suggèrent un lien bidirectionnel entre les troubles prémenstruels et certaines pathologies psychiatriques. Les données sont toutefois encore peu précises concernant la spécificité des troubles concernés.
Une étude de cohorte a été menée à partir de registres suédois. Elle porte sur une population initiale de 3,6 millions de femmes âgées de 16 à 52 ans, parmi lesquelles plus de 100 000 avaient reçu un diagnostic clinique de troubles prémenstruels. Une analyse de fratrie a également été réalisée afin de limiter les facteurs de confusion génétiques et environnementaux partagés. La durée moyenne de suivi était de 8,2 ans. L’objectif principal était de vérifier l’existence d’associations bidirectionnelles entre les troubles prémenstruels et un large éventail de troubles psychiatriques.
Un lien étroit entre la dépression et l’anxiété et les troubles prémenstruels
Les données de cette cohorte confirment le lien bidirectionnel entre les troubles prémenstruels et les troubles psychiatriques. Les femmes présentant un trouble psychiatrique ont un risque plus que doublé de recevoir par la suite un diagnostic de trouble prémenstruel en comparaison avec le groupe témoin (47,8 % vs 29,5 % ; OR 2,41 ; IC à 95 % 2,38 à 2,44). Dans l’analyse de fratrie, cette association est atténuée mais reste significative (OR 1,95).
De la même façon, les femmes qui présentent des troubles prémenstruels ont deux fois plus de risque de présenter par la suite un trouble psychiatrique comparées aux témoins (36,6 % vs 21,1 % ; HR 2,23 ; IC à 95 % 2,19 à 2,27). Là encore, l’analyse de fratrie confirme l’association (HR 1,82).
Les associations bidirectionnelles les plus marquées concernent la dépression, l’anxiété, les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles bipolaires et de la personnalité. En revanche, aucune association bidirectionnelle n'a été retrouvée avec la schizophrénie (HR 1,00 ; IC à 95 % 0,59 à 1,72), ce qui suggère que le lien entre troubles prémenstruels et psychiatrie n'est pas généralisé mais spécifique à certaines pathologies.
Des mécanismes biologiques partagés
Plusieurs hypothèses physiopathologiques sont avancées pour expliquer ces associations. L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, dont la dérégulation est démontrée dans les troubles prémenstruels, constitue un probable mécanisme partagé. De plus, les fluctuations hormonales du cycle agissent sur les systèmes sérotoninergique, GABAergique et dopaminergique, impliqués dans de nombreux troubles psychiatriques. Enfin, une certaine composante génétique commune est suggérée par le fait que les analyses de fratrie atténuent les associations, sans toutefois les faire disparaître.
Pour les auteurs, ces résultats plaident pour une vigilance accrue. Ils estiment que toute femme suivie pour un trouble psychiatrique devrait faire l’objet d’un dépistage systématique des troubles prémenstruels et ils soulignent la nécessité d’intégrer la dimension cycle menstruel dans le suivi psychiatrique, ce qui est loin d’être le cas dans la pratique courante actuelle.
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